"Voilà du thé !"

J’entrais dans ma chambre, un plateau dans les mains.

À l'intérieur, Karen et Shizuka étaient toutes deux plongées dans leurs cahiers, à réviser pour les examens. Elles étaient assises autour du kotatsu que j'avais emprunté à Miyuki.

"Merci Ayako-chan." Shizuka me répondait avec un sourire, tandis que je plaçai le plateau sur la table. Il faisait plutôt froid dehors, et un peu de thé associé à la chaleur de la table chauffante était plus que bienvenue.

Karen laissa échapper un simple hum hum. Je m'assis alors entre les deux, devant mon ordinateur, pour continuer mon travail.

Difficile à dire laquelle d'entre nous était la moins intéressée par les révisions à ce moment-là. Bien sûr, les examens arrivaient, mais pour ma part, j'étais encore un peu préoccupée par cette Miho et ses amies. Elle n'avait pas vraiment réagi depuis la dernière fois, mais je m'en souciais quand même. Ça et la situation assez troublante entre Ogata-kun et moi...

J'en étais donc là, à essayer de faire comme si de rien n'était durant notre après-midi de révisions, à relire mes notes et à faire quelques exercices. Je pouvais entendre Karen bailler de temps en temps ou Shizuka boire son thé, mais jusque-là, c'était une session de révisions plutôt normale.

Karen releva la tête pour émettre une suggestion.

"Une petite pause ?"

"Encore ?" Shizuka blaguait, probablement.

"Oh, allez."

Shizuka tourna alors la tête vers moi.

"Ayako-chan ?"

Elle attendait apparemment ma réponse sur le sujet. Je souris en retour.

"Je suppose qu'une petite pause ne nous ferait pas de mal, ça fait déjà quelques heures qu'on est là-dessus."

"Bien."

Shizuka s'étira un peu et plaça ses coudes sur la table.

Un peu curieuse, elle lança à la cantonade : "alors les filles, comment ça se passe dans votre école ?" C'est vrai, nous étions dans des écoles différentes maintenant. On passait moins de temps ensemble, mais on avait plus de choses à se raconter...

"Bah, couci-couça. Pas de nouvelles d'Ura ni de ses amies. Et toi ?" Karen entamait son thé.

"Ah... J'ai été pas mal occupée à l'école ces derniers temps. Je suis dans un club de mode, et c'est plutôt amusant. On crée des vêtements, enfin on essaye. C'est vachement plus compliqué que ce qu'on pourrait imaginer au départ."

"Et au moins, ça change des habituels clubs de sport, de go ou d'informatique qu'on trouve dans toutes les écoles." La remarque de Karen était très juste.

"C'est vrai. Ça ne me prend pas beaucoup de temps. Et j'aime ce que j'y fais."

C'est à ce moment que le téléphone de Shizuka se fit entendre. Elle avait dû recevoir un e-mail. Elle sortit le téléphone de sa poche et y jeta un œil.

Je demandai avec un petit sourire : "Petit ami ?"

"Ouaip," me confirma-t-elle, avant de répondre à son mail.

"Comment est-il cette fois ?" Karen posait la question, apparemment aussi intéressée que moi.

"Et bien, il s'appelle Kensuke, il est capitaine de l'équipe de football de notre école. Toutes les filles sont jalouses que je l'aie eue, mais c'est lui qui m'a demandé à sortir avec moi." Elle gloussait en disant cela.

"Et ? Et ?"

"Bah, il est plutôt gentil et beau gosse, mais je n'aime pas trop ses amis. Tu sais, tout dans les muscles et rien dans le cerveau," précisa-t-elle en faisant le geste de se visser quelque chose sur la tempe.

"Tu es trop difficile." Karen plissait des yeux en tapotant son stylo sur son cahier tout en écoutant.

"Hé, toi aussi, je te ferais remarquer." Shizuka répondait d'un ton amusé. Karen était, il est vrai, assez difficile aussi au sujet des garçons.

"Pourquoi tu ne nous présentes jamais à tes petits copains ?" La question venait de Karen. Elle ajouta en plaisantant : "On en est pas dignes, peut-être ?"

Shizuka se mit à rire.

"Plutôt le contraire, ma chère. C'est même l'exact opposé : c'est eux qui ne sont pas dignes de mes amies."

Je souris à ses mots qui me réchauffaient le cœur.

"Et puis, ça serait assez bizarre puisque j'ai tendance à changer de petit copain souvent. Je veux dire, et si l'un d'eux s'entendait bien avec l'une d'entre vous ? J'aurais beaucoup plus de scrupules à le larguer !"

C'était... cruel dans un certain sens. Comme si chaque petit ami qu'elle avait était voué à être largué.

J'écoutais semi-attentivement, très absorbée par l'écran de mon portable, quand elle s'adressa à moi.

"Et toi Ayako ? Ça s'est développé entre Ogata et toi après votre premier rendez-vous ?"

C'est là que j'entendis quelque chose se briser en deux. Littéralement. En relevant la tête, je vis le regard vide de Karen et le stylo dans sa main cassé en deux.

"Oh là là... Tu n'avais rien encore dit à Karen ?" Shizuka était visiblement gênée.

J’acquiesçais.

"Euh..."

On savait très bien que Karen n'aimait pas du tout Ogata. Shizuka et moi observions alors Karen qui semblait figée. Le choc avait dû être dur pour elle, et c'était ma faute de ne pas lui en avoir parlé avant...

"T-tiens, un autre stylo, Karen," proposa timidement Shizuka en compensation.

Pauvre Karen-chan...

* * *

"Bon, il est l'heure d'y aller !"

Shizuka était en train d'aider une Karen encore sous le choc à marcher en la poussant un peu. Elle me fit un signe bien visible de la main avant de partir. Shizuka allait sûrement tout lui expliquer en chemin.

Karen et Shizuka étaient mes amies, mais elles étaient aussi de bonnes amies entre elles malgré leurs personnalités assez différentes. Enfin, je l'espérais. C'était difficile à dire. Comment être sûre qu'elles soient vraiment amies, et pas amies, juste parce que j'étais leur amie ?

Quelqu'un interrompit cependant le cours de mes pensées.

"Ayaaaaako ! Mon kotatsu !"

"Ouiiii !"

Miyuki m'appelait d'en haut. Apparemment, elle voulait déjà que je lui rende sa table chauffante...

* * *

Ah, les examens de fin d'année...

Karen et moi marchions silencieusement vers notre salle de classe et nos chaises. Ça n'avait duré que quelques jours, mais ce fut long et éprouvant pour beaucoup d'étudiants ici.

Grâce à nos petites sessions d'études, j'étais plutôt confiante en mon savoir et mes capacités. J'installais mon ordinateur portable et ouvrais un document vierge dans mon traitement de texte tout en attendant que le professeur nous donne nos énoncés. La dernière épreuve du jour, et de ce marathon d'examens concernait l'anglais, l'une de mes matières favorites.

La classe était silencieuse comme à l'accoutumée, et j'essayais de ne pas faire trop de bruit en tapant au clavier. Quand j'écrivais quelque chose et que j'y mettais tout mon cœur, j'avais tendance à taper très fort sur les touches, ce qui intimidait beaucoup mes camarades de classe. Ils me l'avaient déjà fait remarquer après d'autres examens auparavant.

Et même si je pouvais être accusée de lire mes notes stockées sur l'ordinateur, je ne pouvais jamais être soupçonnée de copier sur mes camarades. Qui serait assez stupide pour penser que je pouvais lire quoi que ce soit à cette distance ?

Comme je le disais, j'étais plutôt confiante, et déterminée à montrer à mes parents qu'avoir un boulot à mi-temps était parfaitement compatible avec les études.

Le sujet était un article d'un magazine sur les caméras de sécurité déployées dans des villes d'Angleterre. L'article en lui-même était assez vieux, mais on nous demandait après quelques questions sur le texte, d'exprimer ce que l'on pensait de l'idée si devait un jour être appliqué au Japon. L'inspiration me vint après dix longues minutes et je commençai à écrire.

Un autre avantage à travailler sur ordinateur était qu'on pouvait corriger ses erreurs à la volée, et ne pas avoir à recopier son travail une fois le brouillon terminé. Cela me faisait économiser énormément de temps.

Je sauvegardai mon document sur mon portable et sur une clé USB que le professeur m'avait donnée, avant d'attendre patiemment que la cloche ne sonne pour que je puisse la lui rendre. Dans un sens, j'utilisais des méthodes modernes pour travailler à l'école, en échangeant des documents avec les professeurs sans utiliser de papier. J'espérais qu'un jour plus d'étudiants pourraient faire cela sans avoir l'excuse du handicap.

Je l'ai peut-être déjà dit, mais lire sur du papier blanc me fatiguait beaucoup les yeux. Je préférerais lire du blanc sur noir ou sur un fond sombre en utilisant différents schémas de couleur sur l'ordinateur pour mes documents, ce qu'on ne peut pas vraiment faire sur du papier. Ceci étant dit, ça ne veut pas dire que je détestais lire sur papier. C'est juste que ça me fatiguait un peu au bout d'un moment. En fait, ça faisait que les livres duraient plus longtemps entre mes mains.

Et là, il ne me restait rien d'autre à faire à part attendre que le temps ne s'écoule. On ne pouvait pas sortir avant la sonnerie, ce qui était vraiment dommage, car cela rendait le reste du temps très ennuyeux. Je devais même laisser mon ordinateur éteint pour ne pas donner de réponse aux autres. C'est un peu stupide quand même, il faut être furtif quand on triche, et ce n'est pas vraiment furtif ça, non ? Bah, je suppose que si les professeurs étaient aussi inquiets concernant mes possibilités de triche, ils me placeraient à côté d'eux pour me surveiller de près.

J'aimais bien terminer en avance, surtout parce que cela annonçait bien haut et fort à mes camarades de classe que j'avais finie avant eux lorsqu'ils n'entendaient plus mes doigts taper sur le clavier. Plus je finissais vite, plus ils stressaient. Moi méchante ? Certainement pas ! Je les encourageais juste à améliorer leurs aptitudes à l'écriture !

* * *

LIBRE ! JE SUIS LIBRE !

Les pensées heureuses, et le sourire jusqu'aux oreilles, je regardai Karen s'étirer alors que nous nous dirigions vers la sortie de l'école.

"Ah, on se sent bien mieux une fois les examens terminés !"

"Tu l'as dit." Je fredonnais une petite mélodie. Cette sensation de liberté était irrépressible, encore plus que l'an dernier, même si les examens à cette période étaient encore plus importants que ceux-ci, car ils formaient un point d'étape entre le collège et le lycée.

Nous marchions vers le portail tout en discutant, heureuses de ne plus être sous pression à cause des examens. Et puis, on devait rencontrer Shizuka à Shibuya pour faire un peu de shopping et une bonne session de karaoké, pour bien décompresser.

"Alors, tu as répondu quoi à la question quatre ?" Karen me posait la question en me prenant le bras.

"Oh, s'il te plaît, tu sais que je n'aime pas parler des réponses juste après un examen, ça me stresse."

"Tu en as de la chance, j'aimerais pouvoir être comme toi et ne pas m'inquiéter avant les épreuves," fit-elle d'un air rêveur.

"C'est pas vrai, tu crois que je suis un génie ou quoi... Je sais pas, je ne stresse pas beaucoup pendant les épreuves ; ça doit être mon caractère insouciant. Par contre, tu peux être sûre que je gère pas du tout le jour des résultats."

"Je sais, je sais."

Il y eut une petite pause.

"Dis, tu ne m'as pas parlé de toi et Ogata parce que tu pensais que je m'inquiéterais, c'est ça ?" Je dois admettre que je fus un peu surprise par la demande subite de Karen. Si ce n'est pas un changement brusque de sujet, ça !

"Euh, hum. Il ne s'est rien passée tu sais, il ne m'a pas emmenée dans un love hôtel ou quoi. Et puis, en voyant comment tu as réagi au départ, j'ai cru que tu étais..."

"Chut, ça va. Il a beau être un tombeur, je sais qu'il n'est pas SI mauvais."

Je soupirai de soulagement.

"Tu sais, on aurait presque dit que tu étais jalouse de — "

"Pas du tout."

Ça, ça veut souvent dire tout le contraire, mais je n'allais pas l'embêter plus.

"Ah ah... D'accord."

Nous arrivions à la gare afin de prendre nos tickets pour Shibuya.

"Karen ?"

"Oui ?"

J'essayais de payer mon ticket, mais je n'avais pas assez de monnaie dans ma poche.

"Tu pourrais... me lâcher le bras pour que je puisse trouver de l'argent dans mon sac, s'il te plaît ?"

Elle semblait tout d'un coup embarrassée.

"Ha ha, pardon."

* * *

"Aitakatta ! Aitakatta ! Aitakatta ! YES !"

Les voix de Shizuka, Karen et bien sûr la mienne retentirent dans le box de karaoké sur la même chanson. C'était plutôt rare que l'on chante en trio, mais quand on le faisait, on y mettait tout notre cœur. Les seules chansons à recevoir un tel traitement étaient celle-ci et quelques chansons de Nami Tamaki.

Alors que la chanson touchait à sa fin, nous reprenions notre place dans le canapé. Karen prit l'annuaire des chansons des mains de Shizuka et commença à le parcourir rapidement pour ne pas perdre de temps.

"Qu'est-ce que tu vas nous chanter ensuite, Karen ?" demandai-je.

"Hummm... Ah, je sais !"

Elle commença à sélectionner une chanson à l'aide de la télécommande.

"Oh, 'Be Together' hein." Shizuka me donna à haute voix le titre de la chanson que Karen avait choisie puisque je ne pouvais pas le voir à l'écran.

"Je préfère 'Our Days' d'elle, tu sais." Je haussai les épaules.

Shizuka et moi étions en train de nous disputer brièvement sur la meilleure chanson d'avant 2000 de Ami Suzuki, mais Karen commença à chanter et nous avons dû abandonner. C'est plutôt mal vu de parler dans un box de karaoké quand quelqu'un chante.

Karen chantait beaucoup ces derniers temps durant nos sessions de karaoké, comme si elle avait de la vapeur à évacuer. Peut-être à cause des examens ? Je ne savais pas si Shizuka l’avait remarqué, mais j'en étais certaine. Je ne savais pas ce qu'il se passait, et je n'essayais pas vraiment de le savoir, mais ça me trottait dans la tête de temps en temps. Pour le moment, je fermais les yeux pour l'écouter.

"Alors, comment se passe ton petit boulot, Ayako ?" Shizuka s'inquiétait alors que Karen finissait de chanter. Elle revint vers nous.

"Tu n'as pas encore choisi de chanson ?" demanda Karen à Shizuka avant que je ne puisse lui répondre.

"Euh non, ça ne me dit rien là tout de suite, pourquoi tu n'en choisis pas encore une ?"

"Hé, c'est pas juste, je veux savoir aussi pour ton boulot !"

Leur enthousiasme me fit sourire.

"Karen, mets une jolie chanson pour l'ambiance et on va discuter un peu alors, suggérai-je. Mon boulot ? Hé bien, hum. Comment dire ? Ça va plutôt bien pour le moment. Ca ne fait que quelques semaines, mais Takagi-san est très gentil, et les clients compréhensifs de mes problèmes. Donc moi ça me va. Mon seul souci c'est Karen..."

"Hein ?" Je l'entendis commencer à protester.

Bon, je ne voulais pas vraiment lui en parler, mais tant qu'à faire...

"Ah, tu sais, tu viens toujours me chercher, tous les jours ça te fait faire un trajet de plus en train avant de rentrer à la maison. Je veux dire, je ne peux pas te demander d'être mon taxi personnel, c'est pas juste pour toi."

Je pense qu'elle fronçait les sourcils, mais je n'étais pas trop sûre. C'est difficile de décrire les réactions des gens quand on ne peut pas voir leur visage autour d'une table.

"Il faut bien qu'elle le fasse, ou bien tu te perdrais encore." fit Shizuka en me donnant un coup de coude.

"Mou !"

"Oh Shizuka, je t'en prie. Et Ayako aussi."

"Je l'embêtais !" se défendit Shizuka avec un gloussement.

"Ayako."

Je clignai des yeux en sentant Karen toucher ma main sur la table.

"Ne pense plus jamais comme ça, tu m'entends ? Tu sais, ça ne me dérange pas du tout." fit-elle d'un ton rassurant. C'était difficile à croire. Tout de même, je lui faisais dépenser un ticket de train supplémentaire rien que pour moi. "On est des amies, hein ? Et en tant qu'amies, on s'entraide, tu ne crois pas ?"

Je hochai la tête en réponse, mais quelque chose me dérangea dans ce qu'elle venait de dire. Aider les autres, c'est ça ? Que faisais-je pour Shizuka et Karen ? Exact, rien. Je ne faisais absolument rien pour elles, j’étais juste une amie avec qui elles aimaient sortir... J'étais un peu abasourdie par ses paroles comme si je venais de réaliser quelque chose.

"...Et je vais choisir ça." dis Shizuka, en utilisant la télécommande sur la machine à karaoké en face de nous.

"HE ! J'allais choisir une chanson !" protesta Karen en retour.

"Tu es trop lente."

Après une courte dispute entre elles, Shizuka commença à chanter 'Please Smile Again' de Namie Amuro. Le problème, c'est que je n'avais pas envie de sourire à ce moment.

* * *

Le temps passa incroyablement rapidement.

Je cessai de m'inquiéter au sujet des examens vu que tout cela était du passé désormais. Les résultats allaient arriver en avril, pile pour la floraison des cerisiers. En attendant, je profitai de nos quelques semaines de vacances avec Shizuka. Karen, comme elle le faisait d'habitude pendant les vacances scolaires, partait à l'étranger avec sa famille.

Je continuais aussi à travailler pour Takagi-san à son magasin de livres. Je commençais à mieux m'y sentir, aussi.

"Merci de votre achat !" Je me penchai pour remercier le client qui venait de partir après avoir payé pour deux livres. Takagi-san continuait à lire quelque chose derrière le comptoir. Puisque les cours étaient finis, je n'avais pas grand-chose à étudier derrière le comptoir. Je soupirai quelque peu en me demandant ce que je pourrais faire pour m'occuper. Je ne pouvais quand même pas jouer à un jeu sur mon portable, ça n'aurait pas été très sérieux, non ?

"Quelque chose ne va pas, Ayako-kun ?" me demanda Takagi-san. Il avait probablement remarqué que j'étais un peu agitée et morose.

"Ah, c'est..."

Je n'étais pas sûre de si je pouvais lui parler de tout cela. C'était une personne très gentille, mais...

"Tu peux me faire confiance. Je ne dirai rien à personne, même pas à Miyuki-kun."

En parler à Miyuki était vraiment la dernière chose dont j'avais besoin.

"Il y a tous ces soucis sur ce que j'aimerais bien faire plus tard dans la vie. En fait, il y a plein de choses pour lesquelles je m'inquiète ces derniers temps. Des filles m'embêtent à l'école aussi, et j'ai l'impression d'être un poids pour Karen. Mon amie Shizuka étant dans une autre école maintenant, ça rend les cours un peu moins sympa aussi..."

"Ah, la jeunesse."

"Hein ?"

"Tu es arrivée à un âge où tu te poses beaucoup de questions sur des choses sans importance."

Je fronçai les sourcils.

"C'est très important au contraire ! Je veux dire, je n'ai jamais rien fait pour mes amies. Shizuka m'aide avec mes cheveux et mes vêtements, Karen m'aide avec, bon, à peu près tout en fait, j'ai l'impression de ne rien leur apporter en retour."

Il ne me répondit pas tout de suite. Je soupirai et essayai d'oublier ce que je venais de dire. Ce n'était pas comme si Takagi-san avait quelque chose à faire avec ça. Et pourtant, j'avais l'impression que je pouvais lui en parler, juste pour avoir son point de vue sur la chose. C'est bizarrement le genre de soucis dont on peut parler avec des étrangers.

"Tu sauras ce que tu leur donnes plus tard." dit-il finalement après quelques secondes de pause. "Si tes amies restent avec toi, c'est parce que tu es une personne intéressante pour elles. Quelqu'un dont elles apprécient la compagnie. Tu leur donnes quelque chose dont elles ont besoin." Pourquoi est-ce que les vieux parlent de façon aussi complexe tout le temps !? Je pense qu'il avait raison, mais je n'étais pas convaincue. Je doutais que Karen et Shizuka soient comme ça.

Cependant, nous fûmes interrompues par la cloche de la porte qui sonna alors.

"Irrashaimasen !" J'accueillais notre client avec le meilleur sourire possible et le laissai chercher ce qu'il voulait. Il revint au comptoir pour payer.

"Je voudrais ces livres, s'il vous plaît."

Difficile de dire à quoi cette personne ressemblait. En fait, je le regardai à peine. J'avais souvent peur de faire face aux gens que je ne connaissais pas et comment ils pouvaient percevoir mon handicap. Je veux dire, j'avais souvent essayé différentes approches quand il fallait communiquer avec des gens. Soit, je leur disais directement en m'excusant d'avance des soucis que je pouvais leur causer dû à mon handicap, ou bien je ne disais absolument rien en leur laissant deviner pourquoi je regardais de près ou pourquoi mes yeux ne fixaient jamais rien. Quelle était la meilleure chose à faire ? Je ne savais pas.

"Ça fera 5 340 yens, Monsieur."

Il me donna quelques billets et des pièces. Un autre moment que je n'aimais pas beaucoup, à vrai dire, était de trier l'argent et redonner la monnaie. Cela me demandait beaucoup de temps. Quand j'achetais quelque chose, je ne regardais jamais la monnaie rendue, car je faisais confiance aux vendeurs. Mais ici, c'était une autre histoire. Ce n'était pas mon argent, c'était celui de Takagi-san, et je devais faire attention. Je devais avoir l'air bizarre à compter la monnaie d'aussi près...

Il y en avait trop, et j'ai dû lui en rendre. Ça peut paraître idiot, mais c'était la partie du travail que j'aimais le moins. Quand il y avait plusieurs personnes dans le magasin, je pouvais au moins faire comme si j'aidais les autres et diriger ceux qui voulaient payer vers Takagi-san toujours derrière son comptoir, mais il n'y avait qu'une seule personne aujourd'hui.

Je soupirai de nouveau. Shizuka serait là d'un moment à l'autre pour venir me chercher de toute façon, vu que Karen était en vacances à l'étranger. C'était elle que j'embêtais maintenant.

* * *

Le reste des vacances fut plutôt calme, mais je ne m'amusais pas comme d'habitude, ne trouvant pas grand-chose à faire à la maison. Je travaillais plus d'heures que d'habitude à la Tamashii Toshokan pour m'empêcher de m'ennuyer chez moi. Au moins, ça me permettait de gagner beaucoup plus d'argent, et mes parents étaient plutôt contents que j'aie un travail régulier. Ils fantasmaient même sur la possibilité que je travaille là-bas à plein temps, une fois sortie du lycée. Inutile de dire que, même si cela avait été une porte de sortie facile, loin de moi cette intention.

Bien sûr, mes parents étaient certainement soulagés de savoir que j'avais un petit boulot sympa, mais quand même... Je n'aimais pas cette solution de facilité.

Avril vint alors, et avec les cerisiers en fleur, une nouvelle année scolaire. Karen et moi étions à la cérémonie d'ouverture. Nous n'étions plus nouvelles ici, et certains étudiants allaient nous appeler 'sempais'. Un truc que j'ai toujours adoré.

Pourtant, la liste des classes me fit reculer.

"Ayako." J'entendis Karen m'appeler alors qu'elle regardait la liste affichée sur le tableau de l'école à l'extérieur. Ne pouvant rien lire, je lui fis confiance pour me donner la composition de notre classe et tous les autres détails. Bien sûr, j'aurais pu prendre mon monoculaire pour regarder la liste de loin, mais puisque Karen était là...

"Quoi ? Quoi ? Ils nous ont séparées ?" demandai-je, un peu intriguée par le ton inquiet qu'elle employait. Ne rien voir est parfois assez stressant, vous savez.

"Non, pire. Attends."

Je l'observai attentivement alors qu'elle semblait parcourir la liste.

"Ryukawa. Hishimoto. Fumogi. Toi. Moi... Et on dirait que c'est tout."

"Quoi ? Quoi ?!" l'impatience me gagnait.

"Et bien, on dirait qu'on nous a déplacées en classe 2-A. Ils ont un peu mélangé les classes, nous ne sommes plus en B."

"Oh ? Ce n'est pas un gros problème tant qu'on est ensemble, non ? Ryukawa-san est là aussi ! Elle a bien assuré en tant que déléguée de classe l'an dernier, non ? J'espère qu'elle sera réélue cette année."

Karen se tourna pour me faire face cette fois, et plaça ses mains sur mes épaules. Pourquoi ce regard aussi sérieux ?!

"Nous sommes maintenant dans la même classe qu’Ura. Et Ogata aussi."

Mon visage se figea. Je souris nerveusement.

"Tu plaisantes, hein ? Karen !"

* * *

Elle ne plaisantait pas...

C'était même pire une fois nos places choisies aléatoirement dans la classe. Bien sûr, Karen et moi avions encore droit au traitement de faveur d'être ensemble. J'étais maintenant tout au fond à droite, près de la porte de la classe, avec Karen en face de moi…

"On va bien s'amuser cette année, Suzumiya."

...Et Ura Miho a ma gauche.

"Hahaha... Bien sûûûr." Je lâchai un petit rire nerveux, mais je me demandais franchement comment cela pouvait être pire. Apparemment, ses amies étaient placées un peu plus aléatoirement dans la classe, d'après Karen. Une petite goutte de plaisir dans cet océan de souffrance qu'allait devenir cette année.

J'essayai de l'ignorer durant le premier cours avec Kasuga-sensei, qui était de nouveau notre professeur principal.

J'avais en fait quelques espoirs qu'elle reste calme puisque rien ne s'était passé jusqu'à notre dernier cours de la journée, c'est-à-dire Histoire. J'avais tort.

Je vis soudainement apparaitre un message sur l'écran de mon ordinateur m'alertant du faible niveau de mes batteries. Un rapide coup d'œil me montra que le portable n'était plus alimenté. Depuis quand ? Difficile à dire. En cherchant où la prise de courant pouvait être tombée, j'entendis un petit gloussement sur ma gauche.

D'accord. On dirait bien qu'elle a pris de l'avance dans la guerre qu'elle a décidé d'engager contre moi. Quelle gamine... Débrancher ma prise de courant sans que je m'en aperçoive n'était pas très drôle.

Je remarquai alors que le câble d'alimentation était par terre près de mon bureau, et je me penchai pour le ramasser, en prenant mon temps pour le faire aussi silencieusement que possible afin que le professeur ne remarque rien. Ou que, s'il le remarque, je ne dérange pas la classe au moins.

Mais lorsque je me relevai sur mon siège, je faisais face à un écran noir. Un autre gloussement me confirma que Miho était encore derrière tout ça. Je soupirai et rallumai mon portable. Heureusement, elle n'avait fait que le mettre en veille.

Et évidemment, Karen devant nous ne pouvait rien voir de tout ça...

Lâche-moi un peu ! C'est le premier jour d'école !

* * *

Évidemment, Karen était abasourdie.

"Elle a QUOI ?"

"Je te l'ai dit ! Elle a débranché mon câble d'alimentation pendant que je regardais ailleurs et quand je me suis penchée pour le ramasser, elle en a profité pour mettre mon portable en veille...!" lui racontai-je, en essayant de ne pas avoir trop l'air de me plaindre même si ça me démangeait.

Je lui expliquai tout cela durant notre retour de l'école, ma canne à la main, et mon bras tenu par le sien. En y repensant, j'avais vraiment envie d'utiliser ma canne contre Miho. Mais cela ne serait pas très distingué, si ?

"Franchement ! Je vais lui dire deux mots dés demain matin, moi !" Karen semblait vraiment contrariée, mais c'était à prévoir. Je ne voulais pas qu'elle le sache au début, mais la façon dont Miho m'avait traitée toute la journée m'avait agacée, et c'était plutôt inutile de le cacher à Karen de toute façon.

"Non ! Je veux dire... C'est pas comme si tu pouvais faire quelque chose, et puis elle a ses adoratrices aussi." Oui, c'est comme ça que j'appelais les filles qui la suivaient partout.

"Et je ne peux même pas la voir venir, il me faudrait des yeux derrière la tête."

Je hochai la tête puis regardai ma cane que je bougeais inconsciemment devant moi. Je n'avais pas vraiment besoin de regarder devant, en fait, quand j'étais dirigée par le bras de Karen.

L'année scolaire n'avait pas très bien commencé, je dois dire.

* * *

Chaque jour passé me faisait endurer quelque chose de la part de Miho. Elle essayait de me rendre folle. Remplir mes chaussons d'école de trucs visqueux, mettre mon portable en veille et me forçant ainsi à le verrouiller chaque fois que je m'éloignai de mon bureau, me déranger pendant les corvées de nettoyage, ou placer des choses sur ma chaise avant que je ne m'assoie. Quels enfantillages, franchement ! Mais cela semblait l'amuser beaucoup. Elle était apparemment sûre que personne d'autre que nous deux savions ce qu'il se passait. Karen regardait derrière elle de temps en temps, mais Miho ne faisait que sourire innocemment à chaque fois, voire même lui faire un signe de sa main d'une façon fort provocatrice.

Le déjeuner était en fait le seul moment de la journée où je ne l'avais pas sur le dos. En commençant à manger cependant, une ombre familière s'assit près de moi.

"Osu."

Je n'avais même pas à quitter mon curry du regard. J'entendis Karen soupirer en face de moi. C'était la voix d'Ogata.

"Tu manges avec nous presque tous les jours. Avoue que tu n'as pas d'amis." dit-elle sèchement.

"Haha, très drôle Sakazaki. Je veux juste éviter Ura et ses adoratrices."

J'aurais ri si je n'avais pas eu la bouche pleine de riz à ce moment-là. J'avalai rapidement pour lâcher un gloussement. Ça faisait du bien !

"Je ne suis pas la seule à les appeler ses adoratrices à ce que je vois !"

Il laissa échapper un petit rire. Je levai les yeux vers lui et rougit un peu. On était dans la même classe maintenant...

"Et pourquoi tu les évites ?" demanda Karen, plus calmement que tout à l'heure. Elle essayait de finir son repas alors qu’Ogata ne faisait que commencer le sien.

"Euh, ben, elles ne m'intéressent pas, c'est tout. Ce n'est pas comme si je voulais qu'elle me suive partout. Elles viennent même me voir jouer au club de football." dit-il avant de commencer à manger ses takoyakis.

Je jetai un œil à mon assiette pour en regarder le contenu tout en écoutant leur conversation. Miho nous observait probablement de loi, mais je m'en moquais bien.

"Elle ne t'intéresse pas, c'est ça ? Pourquoi tu ne lui dis pas alors ?" suggéra Karen.

"Ce n'est pas le genre de choses que tu dis à une fille comme ça."

Je pouvais ressentir la surprise de Karen dans sa voix.

"Ah ?"

Elle marmonna quelque chose en réponse, mais je n'avais pas bien entendu. J'écoutais tout en mangeant et je ne voulais pas trop m'immiscer là-dedans. Je n'étais pas d'humeur, en fait. Je pense que les paroles d'Ogata avaient fait réfléchir quelque peu Karen. Il avait raison, on ne rejette pas une fille comme ça.

* * *

Les jours passaient et les choses ne s'amélioraient pas vraiment avec Miho. Elle était, comment dire ? Méchante. Oui, ça serait presque le meilleur mot pour la décrire à ce moment-là. C'était assez déprimant en fait de rencontrer quelqu'un comme elle à un tel moment de ma vie. Je me posais déjà plein de questions sur la place que j'occupais dans mon amitié avec Karen et Shizuka, quel genre d'emploi je devais tenter.

En parlant de cela, c'était une pensée à laquelle je voulais réfléchir posément, mais chaque fois que je voulais m'y mettre, un truc urgent m'empêchait de m'asseoir et de méditer sur le sujet. Mes parents me pressaient également ce qui ne m'aidait pas beaucoup.

Je marchais avec Karen vers notre salle de classe et ouvris la porte la première, en me dirigeant directement vers mon siège pour brancher mon ordinateur et le démarrer avant que notre professeur n'arrive. Miho était là, à bavarder avec des filles dans un coin, et les autres élèves étaient en train de faire à peu près la même chose partout dans la classe. Personne ne faisait attention à moi, je pense.

"Bordel !"

Je regardai Karen, qui se dépêcha d'aller vers le tableau noir. C'était plutôt rare de l'entendre jurer.

Elle attrapa la brosse et commença à effacer ce qui était écrit sur le tableau noir. J'étais trop loin pour voir ce que c'était, mais je savais déjà qui en était responsable, grâce au gloussement que j'entendis à l'autre bout de la classe. Les autres étudiants semblaient avoir remarqué Karen à cause de son juron et s'étaient tus. Je pouvais entendre de légers chuchotements et décidai de m'asseoir calmement à mon bureau.

Cela faisait déjà environ une semaine. Des écrits 'Anonymes-Miho' partout sur le tableau noir de notre classe tous les matins ou lors du premier cours de l'après-midi.

Karen revint à son siège.

"Karen...?" demandai-je doucement.

"Ne t'en fais pas, ça n'est rien."

Je tournai mon regard ailleurs. Ce n'était pas la réponse que je voulais entendre. Je savais ce qui était écrit sur le tableau. Enfin, j'en avais une vague idée. Après tout, Miho me parlait souvent avec des mots pas si gentils que ça chaque fois qu'elle m'adressait la parole en classe. Elle aimait me les chuchoter. J'essayai de rester calme chaque fois, mais en vérité, ça m'énervait sérieusement.

Je voulais t'entendre me le dire Karen, ton attitude surprotectrice avec moi commençait à me faire me sentir mal, comme si je ne pouvais pas me défendre face à Miho.

La machine à rumeurs avait été lancée il y avait déjà quelques semaines, peu après que les cours aient commencé, en fait. D'après celle-ci, j'étais sortie avec plein de garçons en allant jusqu'à l'étape de l'hôtel avec chacun d'eux.

Et ce n'était pas tout ! Au sujet de l'école, j'étais soupçonnée de gonfler artificiellement mes notes, juste parce que j'avais un handicap. Et puis je ne portais pas d'accessoire dans les cheveux, ce qui était très impopulaire à cette époque, et me faisait passer pour une imbécile. Des commentaires du genre 'elle peut se payer un ordinateur, mais pas de barrettes à cheveux, pauvre fille' revenaient souvent vers mes oreilles. Je suppose que cela irritait également Karen.

* * *

"Je suis désolée Ayako, mais pourrais-tu rentrer seule aujourd'hui ? On doit aller ailleurs avec le club pour s'entraîner, et j'aurais peur que tu te perdes dans un endroit que tu ne connais pas."

Je fixai alors Karen du regard. Tout cela était bien suspect.

"Où ?"

"Où ? On va à l'école de musique quelques pâtés de maisons plus loin, ils ont de très bons équipements sportifs là-bas, et on a obtenu un partenariat avec eux. Ça ne te dérange pas ? Ça ne va durer que quelques semaines." dit-elle, en joignant ses mains et en baissant la tête devant moi. Karen agit rarement de la sorte avec moi.

"Ah... Hé bien, si tu le dis..." dis-je, en haussant les épaules.

Je partis alors, seule, canne à la main. Rentrer chez moi était assez simple, car je connaissais bien le chemin depuis le temps. Pourtant, il y avait une certaine tristesse qui accompagnait ma marche, parce que Karen n'était pas avec moi pendant la moitié du trajet.

En fait, non, je serai seule durant tout le trajet jusqu'à chez moi, Shizuka m'ayant dit ce matin qu'elle ne rentrerait pas tout de suite. Et puis, je ne pouvais pas aller travailler ces jours-ci, car il y avait des travaux à Tamashii Toshokan. Takagi-san m'avait dit que le magasin avait besoin de réparations ici et là.

Je soupirai et continuai mon chemin.

* * *

Nous étions déjà vers la fin mai, et pourtant le temps dehors ne ressemblait à rien d'habituel, que ce soit le printemps ou l'été. Il pleuvait des cordes, en fait.

Ce n'est pas comme si je n'aimais pas ça, notez bien. C'est en réalité plutôt sympa de ne pas avoir à fermer ses volets, car d'habitude, les rayons de soleil crées par la lumière du jour me mettent mal à l'aise, même en intérieur. C'est pourquoi chaque fois qu'il pleut, je suis tiraillée entre le plaisir ou la désolation. C'est assez paradoxal : J'aime les jours ensoleillés, mais je ne supporte pas la lumière du soleil, et je n'aime pas la pluie, mais je me sens bien plus à l'aise quand il pleut.

J'étais dans ma chambre, de la musique douce dans les oreilles, et assise à mon bureau en face de mon ordinateur. Moi, étudier un dimanche ? Jamais de la vie. J'étais en train d'écrire quelque chose, n'importe quoi en fait. Depuis que j'ai commencé à tenter de me convaincre que je ne pourrais pas faire ce que je voulais plus tard, c'est-à-dire devenir chanteuse, j'avais pensé que peut-être, je pouvais faire quelque chose que j'aimais un peu moins, mais que j'appréciais tout de même, autrement dit écrire.

Le truc, c'est que bien que j'aime ça, bien que les mots sortent assez facilement durant l'écriture, ils étaient bien souvent trop brouillons et ne formaient pas une si bonne histoire. Je finissais souvent par jeter mon idée à la corbeille avant d'en chercher une meilleure. J'aimais écrire des histoires futuristes, mais je n'étais pas très douée en physique, et j'avais trop peur de faire d'horribles erreurs que des gens plus talentueux que moi trouveraient tout de suite. Je suppose que j'avais besoin de plus de réflexion, et de mieux connaître les méthodes requises pour écrire des histoires.

Et pourtant, j'essayai encore et encore, effaçant de nombreux fichiers, créant de nouveaux documents. Mon projet actuel était une histoire où une fille tsundere* allait faire exprès de rejeter un garçon. Il se blesserait alors dans son désespoir et finirait temporairement en fauteuil roulant. Et bien sûr, c'est là que la fille tsundere devrait s'occuper de lui et se sentirait mal de l'avoir mis dans cet état et tomberait progressivement amoureuse de lui...

Plutôt classique, non ? Au final, ça ne me plaisait pas, mais je n'arrivais pas à me concentrer. Cette année commençait très mal pour moi, et ça commençait réellement à m'ennuyer.

Une chanson de Chihiro Onitsuka commençait à remplir la pièce, comme pour essayer de me relaxer, mais je n'étais toujours pas au mieux de ma forme.

J'entendis alors des bruits de pas grimpant les escaliers de la maison. Ils étaient plutôt bruyants, qui plus est.

"Miyuki-nee ! Arrête de faire autant de bruit !" dis-je en me dirigeant vers ma porte pour l'ouvrir et parler directement à ma soeur.

Cependant, quelque chose de bien différent de Miyuki apparut devant ma porte.

"JOYEUX ANNIVERSAIRE !"

Je fis un pas en arrière en voyant Karen, Shizuka et Aoi ensemble avec des sacs dans les mains.

"Heeeeeeeeeeeeeeeeeeeiiiiiin !?"

* * *

Je clignai des yeux plusieurs fois.

"Hein ? Hein !?"

"Chut, on s'incruste, mais c'est pour la bonne cause !" fit Shizuka avec un grand sourire. Karen refermait l'écran de mon portable.

"Hein !"

"Ne t'en fais pas, on fait juste un peu de place." Et sur ces mots, elle déposa un paquet sur la table.

"Hein ?"

Shizuka et Aoi étaient en train de déplier des futons sur le sol près de mon lit. Trois.

"Hein ?"

"Tu lui dis, Aoi-chan ?" demanda Shizuka à ma cousine.

"Oh, bien sûr." Aoi se leva et vint vers moi, en prenant mes mains dans les siennes. "On voulait célébrer ton anniversaire ce soir, juste entre nous pour une fois ! Je veux dire, faire la fête quoi !"

Je la regardai en hochant la tête, pas trop sûre de comprendre.

"Hein..."

"Ou plus exactement, une pyjama-party ! Ça fait tellement longtemps que je n'en ai pas fait une !" ajouta Shizuka en me prenant dans ses bras.

Je n'en revenais toujours pas.

* * *

Une chose dont j'avais oublié de parler jusqu'à maintenant était que Karen sous ses airs d'athlète était en fait une excellente cuisinière. Et quand je dis excellente, c'est qu'elle avait bien souvent de longues discussions avec ma mère au sujet de la cuisine. Ces discussions étaient radicalement différentes des discussions sur la nourriture que je pouvais avoir avec Karen. Les leurs avaient plutôt tendance à tourner autour de quel genre d'ingrédient utiliser dans une boîte à bento au lieu de comment manger un korone-pan sans faire tomber une seule goutte de chocolat, si vous voyez ce que je veux dire.

Cela pouvait expliquer pourquoi je ne fus pas si étonnée que ça lorsque Karen arriva avec assez de provisions pour tenir un siège dans ma chambre. Mère lui faisait même suffisamment confiance pour lui confier sa cuisine adorée, comme quoi.

Karen nous avait préparé des hamburgers, des vrais. Pas le genre de sandwiches que l'on trouve dans les fast-foods gras et sans goût, mais de vrais, délicieux hamburgers, avec du pain fait maison, des oignons parfaitement coupés, une délicieuse salade et des steaks bien cuits. Inutile de préciser que nous salivions toutes d'avance.

Pendant qu'elle préparait tout ça, Aoi-chan et moi étions en train de nous affronter à Ouendan 2 pendant que Shizuka vérifiait ses e-mails sur son téléphone.

"Je trouvais 'Ready Steady Go' meilleure comme chanson finale, quand même," me fit remarquer Aoi alors que nous cherchions une chanson sur laquelle jouer.

"Tu as déjà terminé le jeu ? Je n'en suis qu'à la moitié je crois." Cela m'inquiétait, et j'étais assez impressionnée.

Quand Karen réapparue dans la chambre avec un plateau garni, nous primes place à la table basse installée dans ma chambre pour l'occasion.

"Tu n'avais pas à faire tout ça, Karen-chan..." J'étais un peu embarrassée. Karen me sourit.

"Ne t'inquiète donc pas."

Je commençai à manger un peu timidement pendant que les filles papotaient joyeusement autour de moi.

"Ça fait si longtemps Shizuka-chan, j'ai entendu dire par Ayako-chan que tu étais entrée dans l'école que tu voulais ?" demanda Aoi.

"Ouais ! Les cours sont assez intéressants là-bas, mais il y a plein de choses que je sais déjà. Je dois quand même passer par tout ça et obtenir mon diplôme si je veux aller plus loin."

"Je t'envie ! Aller déjà vers ton rêve comme ça..." Je fronçai les sourcils. Aoi-chan, as-tu idée d'ô combien cette remarque peut me faire du mal ?

"Alors que penses-tu de mes hamburgers ?" Karen me posa la question en voyant que je commençais son repas.

"C'est... c'est délicieux." répondis-je doucement. J'avais cette affreuse sensation que quelque chose n'allait pas du tout. Pourquoi étaient-elles toutes là ?

"Karen, Shizuka, Aoi-chan..."

Je reculais un peu de mon assiette et pris ma respiration. Je devais le dire maintenant...

"Il y a quelque chose que je dois savoir. Aoi-chan est ma cousine, donc ça ne s'applique pas vraiment à elle, mais... Karen, Shizuka, pourquoi vous restez avec moi ?" demandai-je alors, tout en ayant peur de leurs réactions.

Je ne faisais rien pour elles, je ne servais à rien. Je n'avais pas les talents culinaires ou sportifs de Karen, je n'avais pas les merveilleuses mains de Shizuka capables de coiffer quelqu'un comme personne d'autre, ou son esprit de compétition si flamboyant, j'étais loin de tout ça en fait. Je n'avais pas la famille de Karen et le futur prometteur qu'elle avait ou le but que Shizuka s'était fixé depuis longtemps.

Je me suis soudainement sentie très très mal, misérable même, et avant que je ne m'en rende compte, mes larmes tombaient sur mes mains qui étaient placées sur mes genoux.

"D...Désolée" dis-je doucement, incapable d'arrêter les larmes. Je me sentais mal pour moi-même, mais aussi à cause de la question que je venais de poser. Je doutais de leur amitié, je doutais, et pourtant je ne pouvais pas m'en empêcher. J'étais une personne horrible, non ? On ne doute jamais de la loyauté de ses amis à moins qu'ils ne vous prouvent le contraire, et jusqu'ici, Karen et Shizuka ne m'avaient jamais lâchée, jamais. Pourquoi réagissais-je ainsi ? Pourquoi pleurais-je devant une amie qui venait de me cuisiner des hamburgers ?

Il y avait maintenant un grand silence dans la pièce. Je ne savais plus trop ce que je faisais, mais je ne pouvais pas m'empêcher de pleurer face à elles. Je me sentais mal à l'aise pour plein de raisons ces derniers temps, à l'école, chez moi, et dans ma tête...

Et pourtant, je sentis deux paires de bras m'enlacer des deux côtés.

"Ayako-chan..." chuchota Shizuka.

Je continuai à pleurer un peu contre elle, pas vraiment sûre de ce que je devais faire. Je me sentais un peu idiote, c'était la première fois que je pleurais ainsi devant elles.

"Je veux dire, je n'ai pas... *sniff* tout ce que vous avez. Je ne vois pas bien, je suis toujours un boulet pour Karen, et je n'ai aucune aptitude particulière vraiment utile... ou même un don."

"Ce n'est pas vrai, tu chantes merveilleusement, et tu écris des trucs marrants." me dit Karen dans mon autre oreille en caressant mes cheveux. "Et ne répète jamais ça, compris ? Le fait que tu sois un boulet pour moi. Je le fais parce que tu comptes pour moi," ajouta-t-elle.

"Mou... mais..."

"Je suis sûre que parfois tu doutes de pouvoir trouver ta place dans ce monde, commença Shizuka.

On le pense toutes parfois ! Mais tout au fond de toi, tu as cette lumière, une lumière qui nous attire vers toi, parce qu'on a pu la voir." fit Karen.

"Une... lumière ?"

"Ouais, je sais que tu n'aimes pas trop la lumière, mais regardes ce que tu es. Tu es unique ! Tu es Ayako Suzumiya, en deuxième année de lycée et avec un handicap ! Tu vis presque normalement ! Tu en vois beaucoup des élèves avec des cannes blanches à l'école ? Dans les dramas, à la télé ?"

"Mou..."

"Tu devrais être fière de toi, d'avoir pu aller aussi loin."

"Et tu vas continuer à aller au-delà de nos attentes, n'est-ce pas Ayako ?" ajouta Shizuka.

Leurs paroles me faisaient trembler de partout.

"Je suis sûre que ta vie sera heureuse Ayako-chan."

C'était maintenant au tour d'Aoi de me parler. Elle restait assise en face de moi.

"Je suis fière d'être ta cousine, tu sais." dit-elle. "Je suis sûre que tes parents sont fiers de toi aussi !"

"Mou, merci les filles."

Incapable de me retenir, j'écartai les bras pour serrer Shizuka et Karen contre moi. Dommage qu'il n'y eut pas de place pour qu'Aoi se faufile, mais je la pris dans mes bras quand même après coup.

"Désolée, vraiment. Je ne sais pas ce qui m'a prise, je ne peux pas être malheureuse avec des amies comme vous."

"Ca fait du bien de pleurer un peu parfois. Je me rappelle encore comment tu avais pleuré devant Kokoro Library quand on était petites !" Shizuka gloussa, m'embêtant de nouveau.

"C'était l'émotion ! l'é-mo-tion !" arguai-je avec un petit sourire.

"Maintenant que j'y pense, c'était mignon aussi la fois où elle avait pleuré en serrant son oreiller devant le dernier épisode de Kaleido Star."

"Karen, n'en rajoute pas ! C'est assez embarrassant comme ça."

Karen gloussa un peu également.

"C'est juste qu’il y a des trucs qui me chagrinent... L'école avec cette Miho Ura, et puis le fait que je ne sache pas quoi faire dans le futur me dérange vraiment. Il y a les devoirs aussi, c'est beaucoup plus difficile cette année." Shizuka hocha la tête.

"À propos de cette fille, j'en ai parlé avec Karen, et on pense que tu devrais te montrer ferme devant elle et l'affronter. Karen voulait vraiment lui en mettre une, mais je lui ai dit que tu devrais plutôt le faire toi-même." expliqua-t-elle.

"Karen voulait... ?"

Je jetai un œil vers Karen, qui détourna le regard.

"Shizuka, tu n'étais pas censée lui dire !"

"Bah, elle est assez grande."

Est-ce qu'elles ne seraient pas en train de me traiter comme une enfant ?

"Je pense qu'elles ont raison, Ayako-chan, tu devrais montrer à cette fille ce qui se passe quand on se frotte à une Suzumiya !" me dit Aoi avec un grand sourire. "Montre-lui que ses petites attaques et blagues n'ont aucun effet sur toi, montre-lui, mais sans aller aussi bas qu'elle."

J'acquiesçai devant tant de conseils aussi sages.

"Ouais, je crois que c'est ce que je vais faire. Je vais essayer, au moins."

"Et maintenant, mangeons avant que ça ne refroidisse !" suggéra Karen, voulant bien évidemment changer de sujet au plus vite.

* * *

Nous continuâmes à papoter un peu plus joyeusement en mangeant la nourriture faite-maison de Karen. Le gâteau était lui aussi génial, avec plein de fraises et de crème dessus.

"Et maintenant, c'est l'heure des cadeaux !"

"Hein ?" J'étais un peu surprise du coup, je ne m'attendais pas à ce qu'elles m'achètent des cadeaux. D'habitude, on fête les anniversaires dans un karaoké.

"Ouaip !"

Aoi se leva et se dirigea vers un sac dans un coin de la chambre auquel je n'avais pas tellement prêté attention, et qu'elles avaient sûrement laissé là lors de leur arrivée.

"Aloooors, on en a aussi parlé à Miyuki-nee..."

"Hein !?"

Aoi m'apporta deux paquets fraîchement sortis du sac. Ils étaient plutôt petits, et en les touchant, l'un d’eux semblait bien être un livre. Cadeau numéro un trouvé.

"Je peux les ouvrir ?" demandai-je.

"Bien sûr."

"Celui-ci est de notre part." Shizuka avait un petit sourire au coin.

Alors, qui était derrière l'autre paquet ? Je commençai quand même à ouvrir le premier, et découvris comme prévu un livre à l'intérieur. Il ressemblait à un roman très coloré que je n'avais jamais remarqué auparavant dans les magasins.

" ' La Mélancolie de Haruhi Kawasumi ' ?" Je levai la tête, intriguée.

"Ouais, c'était vraiment populaire l'an dernier, je me suis demandé pourquoi tu n'avais jamais essayé de le lire."

L'image sur la couverture montrait une écolière très énergique.

"Je le lirai et j'en prendrai soin, merci les filles...!" Je les pris alors une à une dans mes bras. Elles avaient pensé à mon anniversaire, avaient organisé une fête sans m'en parler pour me remonter le moral... N'importe quel cadeau aurait suffi avec ça.

"Et l'autre cadeau vient de ta famille." dit Karen.

Je pris le cadeau doucement. Il n'était pas bien lourd et assez petit, ce qui m'intrigua. Je l'ouvris avec attention, et laissai échapper un petit cri d'excitation en voyant la boîte apparaître sous l'emballage.

Un lecteur MP3.

Oh mon Dieu.

...

"OUI !"

Je venais de passer des pleurs à une joie totale en quelques minutes.

"Je vais pouvoir écouter ma musique partout ! Trop bien !"

Les filles rirent franchement devant ma réaction.

"N'oublie pas d'aller remercier ta grande sœur et tes parents en bas," me fit remarquer Aoi.

"O...Ouais bien sûr ! Tu n'as aucune idée de combien je voulais ça ! Je vais pouvoir écouter ma musique en lisant n'importe où, je dois le charger avec mes chansons favorites là, et..."

Je trouvai un petit bout de papier à l'intérieur, enroulé autour de la boîte du lecteur par un bout de ficelle. Je le dépliais et commença à lire son contenu à haute voix.

"'Si jamais je t'attrape à écouter ça en marchant dans la rue, je te tue et je te confisque ton cadeau immédiatement. — ta très chère soeur Miyuki ! '"

Ce n'était pas drôle.

"Ha ha, allons Ayako-chan, ils ont sûrement pensé que tu l'avais mérité pour avoir réussi tes examens de février, tu ne crois pas ?" Aoi essayait de me rassurer.

Il y avait un petit dessin de la tête de ma sœur sur la note près de la signature, qui me regardait fixement en fronçant des sourcils comme si elle était en face de moi.

C'était sympa, tout de même. Je serrai le cadeau contre moi. J'irais les remercier plus tard, oui.

"Et maintenant, on se change pour dormir ! Allez !" Shizuka gloussa, et commença les hostilités en se déshabillant.

"D'accord !" dis-je, en faisant de même et dans la bonne humeur.

Merci, la vie. Même si tu m'as donné une mauvaise vue à la naissance, tu m'as donné de si précieux amis à la place. Je ferai de mon mieux pour les garder à mes côtés.

* * *

À suivre.

La prochaine fois...!

Shizuka : "Est-ce que ça va aller pour Ayako ?"

Karen : "Seule dans le noir ?"

Shizuka : "Ce n'est pas une histoire d'horreur ! Ou peut-être bien que si ? Une lycéenne, seule à la maison...!"

Karen : "C'est vraiment dommage que nous soyons toutes les deux loin ce week-end-là. Je ne veux pas qu'Ayako soit toute seule !"

Shizuka : "Elle a dix-sept ans maintenant, c'est une grande fille !"

Karen : "Elle est plus petite que moi, tu sais."

Shizuka : "La prochaine fois dans Blind Spot, chapitre 18..."

Karen : "Chigau ! Six !"

Shizuka :" 'Un jour sous le soleil.' "

Karen : "Au moins, elle n'aura pas à aller chercher un radiateur."

Notes de l'auteur :

Un Kotatsu est une table basse et chauffante que l'on peut souvent voir dans les mangas et les animes. Oui, celle avec la grosse couverture dessus.

Tsundere est un mot japonais définissant un personnage qui est très agressif, mais qui devient plus douce au fur et à mesure que l'histoire progresse. Cela peut être aussi déclenché par certains évènements. Les personnages tsundere classiques sont Naru Narusegawa ou Motoko Aoyama de Love Hina, ou Akane de Ranma 1/2, et ainsi de suite.

Aussi, au cas où vous vous demanderiez ce que veut dire "mou", en japonais, c'est une plainte. Ça se traduirait en fait par "maieuh" dans notre langage courant.

Je n'accepte aucune protestation concernant l'idée d'histoire d'Ayako :P

Notes du relecteur (QCTX):

Alors ami lecteur, j’en profite pour balancer ici quelques omakes et des définitions. J’ai plein de notes dans lesquelles je me dispute contre Axel (gentiment), mais je garde ça pour l’article suivant.

  1. korone-pan :

D’une évidence crasse pour ceux qui ont regardé le premier épisode de Lucky-Star. Pour les autres, il s’agit simplement d’un cornet de brioche fourré au chocolat.

¿ Un cojone-pan ? Me pregunto que puede ser el gusto de un pan a las cojones...

  1. Tamashii Toshokan :

Le nom de la librairie où travaille Ayako. Tamashii, je connais, ça veut dire "âme". Et toshokan ? Bah, c’est une bibliothèque, tout simplement. On peut donc vaguement traduire le nom de l’établissement par : "bibliothèque de l’âme". Comme c’est poétique... Et bien entendu, aucun rapport avec un quelconque site d’échange de fichiers illégaux.

(Note d'Axel: le nom est en fait un petit clin d'oeil à la Kokoro Toshokan, tirée de l'anime du même nom.)

  1. Omake 1 :

Je demandai avec un petit sourire : "Petit ami ?"

"Ouaip," me confirma-t-elle, avant de répondre à son mail.

"Comment est-il cette fois ?" Karen posait la question, apparemment aussi intéressée que je l'étais.

"Hé bien, il s'appelle Kensuke, il a des lunettes rondes, c'est un geek et un military-otaku qui m'emmène camper dans la campagne déserte. Mais c'est un brave gars quand même." Elle gloussait en disant cela

"Et ? Et ?"

"Bah, il est plutôt gentil et beau gosse, mais je n'aime pas trop ses amis. Notamment un qui est tout maigre et qui a tout le temps peur, une vraie mauviette. Il paraît que son père le martyrise et l'oblige à faire des trucs horribles." précisa-t-elle en faisant le geste de se visser quelque chose sur la tempe.

Les fans d’Evangelion auront saisi les références...

  1. Omake 2 :

"Karen, Shizuka, Aoi-chan..."

Je reculais un peu de mon assiette et pris ma respiration. Je devais le dire maintenant...

"Il y a quelque chose que je dois savoir. Aoi-chan est ma cousine, donc ça ne s'applique pas vraiment à elle, mais... Karen, Shizuka, pourquoi vous restez avec moi ?" demandai-je alors, tout en ayant peur de leurs réactions.

"Hum... Laisse-moi réfléchir un peu... Parce que t'es la seule à ne pas nous dire qu'on est moches ?"

"... Parce que, comme tu nous vois mal, tu nous vois pas quand on se moque de toi ?"

"... Parce que, grâce à toi, on peut bénéficier de toutes les réductions liées à ton statut d'handicapée ?"

Tiens, on dirait que je suis en forme ce soir...

  1. Omake 3 :

"À propos de cette fille, j'en ai parlé avec Karen, et on pense que tu devrais te montrer ferme devant elle et l'affronter. Karen voulait vraiment lui en mettre une, mais je lui ai dit que tu devrais plutôt le faire toi-même." expliqua-t-elle.

Karen ajouta : "Ouais, tu devrais vraiment lui en mettre une, mais attention, avec un poing américain, histoire de lui laisser une trace sur la joue. Et une fois qu'elle sera bien sonnée, n'hésite pas à l'achever au sol, à coups de pied. Tu verras, ça défoule bien."

J'acquiesçai devant tant de conseils aussi sages.

"Ouais, je crois que c'est ce que je vais faire. Je vais essayer, au moins."

Ce soir, South Park s’invite dans Blind Spot...