Blind Spot par Axel Terizaki Chapitre 3 "Ma première fois." * * * Je n'aimais pas trop Shibuya, pour être franche. Bien qu'être une lycéenne au Japon aurait dû m'étiqueter comme pèlerine de ce quartier particulier de Tokyo, apparemment l'un des quartiers les plus fréquentés du monde, je dois dire que ça n'était pas du tout mon truc. Des filles ou pour être plus précis, des 'kogals', nous passaient devant dans une danse de bijoux et de fringues branchées. J'étais bien souvent attirée par les choses qui brillent quand j'étais petite. De toute évidence, j'aurais pu devenir comme ces filles une fois grande, mais ça ne m'a pas attirée. Il y avait quelque chose qui n'allait pas, et je ne savais pas exactement quoi. Peut-être était-ce cette exubérance de leur apparence, leur soif de mode au point où certaines filles vendent même leur corps pour s'acheter des sacs à main incroyablement chers ou leur tendance à s'habiller de façon très tape-à-l’œil dans des ensembles impensables... Et pourtant, je ne pouvais m'empêcher de les admirer, pour la façon dont elles vivaient leur vie au maximum, sans inquiétude. C'était plutôt rare de voir une kogal triste assise dans un coin. Celles que je voyais passer étaient heureuses, à discuter avec leurs amies tout en faisant les magasins ou à passer un appel. Les kogals tristes n'existent pas ou bien ce sont des gothiques. Laquelle est la pire ? Bonne question. Ca, la musique bruyante et les lumières aveuglantes qui faisaient briller les filles encore plus allaient sûrement me filer un mal de crâne. Et pourtant, j'étais là, traînée par Shizuka dans des magasins du Shibuya 109, un samedi après-midi. Le bâtiment 109 de Shibuya était en fait un paradis pour les femmes voulant faire du shopping. Vêtements, accessoires, produits de beauté étaient facilement trouvables ici. A vrai dire, Shibuya était aux filles et kogals ce que Akihabara était aux otakus et maniaques d'ordinateurs. Les deux font peur, c'est vrai. Shizuka savait que je n'aimais pas trop me retrouver dans un endroit trop peuplé, avec ma peur de me retrouver seule et perdue, mais elle insista lourdement pour que j'achète des vêtements pour mon premier rendez-vous. Oui, un rendez-vous. Oui, avec Ogata. Non non, Karen ne le savait pas... "Ayako-chan, je crois que j'ai vu Karen là-bas !" ...encore. "Ah ! Oublie ça, elle avait juste la même coiffure." fit Shizuka rapidement par la suite, le ton de sa voix passant de l'excitation à une certaine déception en une seconde. Ouf ! Qu'est-ce qu'elles ont toutes à avoir la même coiffure que Karen ?! Si Karen entendait ce que j'allais faire le lendemain, je l'aurais eu sur mes traces tout au long de la journée à m'espionner, Ogata et moi. Karen était une grande amie, qui m'aidait tout le temps, mais elle était parfois un peu protectrice. Pas étonnant qu'elle s'entende bien avec ma mère. Elle semblait détester Ogata, mais elle avait refusé de me dire pourquoi. "Ayako-chan! Par-là, regarde!" Shizuka semblait bien plus excitée que moi au sujet de mon rendez-vous. Je dois admettre que je n'avais jamais pensé à la possibilité qu'un garçon me demande de sortir avec lui auparavant. Je veux dire, aucun garçon ne m'avait approché auparavant, alors que Shizuka était déjà sortie plusieurs fois, de ce que j'en savais. Oh bien sûr, je fantasmais sur les rendez-vous aussi parfois, je lisais des mangas, hein! Mais la réalité n'arrivait jamais vraiment à rattraper la fiction. "Comment tu trouves cette robe? Sympa, non?" J'attrapai mon nouveau monoculaire de sous mon manteau, et le plaçai par-dessus mon œil gauche pour voir la robe que Shizuka essayait de me montrer, derrière la vitrine d'un magasin. "L'ensemble avec le chemisier et la jupe noire là-bas?" demandai-je en scrutant les vitrines pour voir si ce n'était pas autre chose. "C'est du bleu foncé, Ayako-chan." "Oh, c'est pareil." Je le regardai de plus près en m'approchant quelque peu. A mon avis, je n'aurais pas été trop mal là dedans. Le col de ce chemisier avait l'air plutôt mignon aussi. "Et si on entrait pour l'essayer? Il n'a pas l'air cher en plus. Ah et puis tu vas avoir besoin de collants fantaisie aussi. Quelque chose avec des feuilles je pense... Oui oui, je vois ça d'ici! Allez, on entre!" Et elle m'emmenait de nouveau. Est-ce que j'avais eu mon mot à dire? * * * "Allez Ayako! Tu as fini? J'ai hâte de voir ce que ça donne!" J'ajustais un peu la jupe et le chemisier dans le miroir de la cabine d'essayage avant de pousser les rideaux pour me montrer à Shizuka. "Hé bien, on dirait que ça me va." Elle me regarda de haut en bas et m'approcha doucement. Elle plaça alors ses mains sur mes hanches et ma taille, apparemment pour essayer de voir si ça m'allait aussi bien que je le prétendais. Cependant, je trouvais qu'il y avait quelque chose d’horriblement désagréable avec mon ensemble. "Je pense que cette jupe est vraiment, vraiment trop courte." "Oh, Ayako, les filles montrent de leur chair de nos jours. Ne me dis pas que tu ne regarde jamais la télé." Je haussai les épaules, et continuai de me plaindre. La télé, ce n'était pas vraiment un bon exemple à suivre. Surtout notre télé. "Shizuka-chan, j'apprécie ta gentillesse mais c'est vraiment trop court pour moi." je baissai les yeux "Regarde, mes cuisses sont à peine couvertes!" Je l'entendai soupirer, et levai les yeux de nouveau vers elle. Elle commença à regarder autour d'elle. Je me demandais bien ce qu'elle cherchait. "Tu sais," expliquai-je. "Je ne peux pas voir si les gens me regardent, et je n'aime pas, tu sais, être trop visible." Elle me sourit, et plaça ses mains sur mes épaules. "Mais Ayako, être visible ça fait partie de la séduction. Tu DOIS être visible pour que ton compagnon te remarque parmi la foule." Je rougis quelque peu. Elle avait raison. Je hochai alors la tête, vu que je ne pouvais rien ajouter à ça. Je me sentais toutefois un peu mal à l'aise avec cette jupe, et même avec des collants, j'étais sûr qu'on aurait vu ma peau. "Aie un peu confiance en toi, et en moi aussi. Tu ne seras pas déçue. On pourrait essayer une jupe plus longue je suppose." C'était alors à mon tour de sourire. "Merci, Shizuka-chan." Nous commençâmes alors à chercher une autre jupe. Chaque fois que Shizuka voyait quelque chose d'intéressant, elle me le montrait toujours pour que je l'observe de plus près. Je n'étais vraiment pas difficile côté tenue vestimentaire, mais j'avais mes standards. Nous avions finalement pris quelque chose de plutôt bien, qui s'accordait bien à mes goûts ainsi qu'à ceux de Shizuka. Je sortis de nouveau de la cabine d'essayage après quelques minutes, avec une jupe allant jusqu'au haut de mes genoux. C'était parfait pour moi. "Ca m'a l'air bien, très bien même. Tu vas avoir besoin de collants maintenant. Tu ne peux pas marcher comme ça les jambes nues en hiver!" Je fronçai quelque peu les sourcils. Je pensais qu'on en avait fini, et elle rajoutait des choses à la lise des courses! "Shizuka-chan, j'ai déjà des collants à la maison. Ca ira très bien." "Ah, mais tu ne peux pas sortir avec des collants unis, j'en ai vu de très jolis pendant que tu te changeais." je sentis ses mains ajuster ma jupe et mon chemisier. Normalement je n'aimerais pas ce genre d'intimité avec quelqu'un. Je pense que personne n'aimerait ça en fait, mais Shizuka avait toujours été quelqu'un en qui j'avais confiance, comme pour Karen. Je la regardai faire alors qu'elle semblai m'inspecter méticuleusement afin que le chemisier ait l'air impeccable. Ce n'était pas le genre de chose que j'aurais pu faire moi-même de toutes façons. "Parfait, tu es géniale là dedans. Ogata-kun a adorer." "Tu sais, je ne suis pas sûre que..." "Et maintenant, des collants! Rechange-toi vite!" fit-elle avec un hochement de tête en m'interrompant. On dirait que je ne vais pas pouvoir me faire entendre. C'était à moi de hocher la tête de défaite, et je retournai alors à la cabine d'essayage pour remettre mes vêtements. * * * Je continuai à hocher la tête chaque fois qu'elle me montrait des collants qu'elle voulait me faire porter. Je dois admettre que je commençais à être excitée par l'idée d'aller à un rendez-vous. Oui, mon premier rendez-vous en seize ans d'âge. Ne riez pas. C'était quelque chose que j'avais toujours voulu au fond, quelque chose que j'avais souvent découvert dans les mangas et les romans pour filles. Mais d'un autre côté, c'était tellement soudain, je n’étais pas prête, et ce n'était pas comme si j'étais amoureuse d'Ogata. Ce type me faisait en fait un peu peur, surtout avec ce que Karen m'avait raconté sur lui. "Que penses-tu de ceux-là?" Shizuka me sortit de mes pensées en me montrant une paire de collants fantaisie avec des feuilles d'arbre imprimées dessus. "Hmmmm." Je les pris en main pour les regarder de plus près. Ils avaient l'air plutôt bien. Honnêtement, je n'allais pas être difficile, je voulais juste rentrer à la maison maintenant que j'avais acheté des vêtements. "Si on rajoute ça à ton ensemble, tu seras vraiment mignonne. Demain matin je veux te voir chez moi à neuf heures. A quelle heure tu as rendez-vous demain, et où?" "Euh, deux heures de l'après-midi, devant Hachiko." Elle hocha la tête et me sourit, presque comme une prédatrice. "Ayako-chan, demain tu vas devenir une femme." Là j'ai pris peur. "T-T-Tu veux dire..." "Oui." J'avalais alors ma salive. Elle ne pensait sûrement pas que je puisse...? "Demain," continua-t-elle. "Je vais te faire les mains, le visage et te coiffer un peu. Ogata ne pourra pas te résister." Je clignai des yeux, deux fois. "Shizuka-chan, je ne suis pas très sûre. Je veux dire, c'est seulement un rendez-vous, hein? Je ne ressens rien pour Ogata." "Ecoute bien Ayako-chan, s'il y a bien une chose qu'une fille doive être à tout moment, c'est belle, mignonne et charmante. Peu importe ce que tu ressens pour l'autre personne. Une fille doit absolument être parfaite dans n'importe quelle situation." Je hochai la tête à ce qu'elle me disait. C'est vrai qu'elle avait raison, en y repensant. "Bon, maintenant je te ramène chez toi. Demain sera une bonne journée, sans aucun doute!" J'espérais bien. * * * Shizuka m'accompagna alors à la maison, et je mangeai avec Miyuki et mes parents. Rien de spécial à signaler, et pour une simple raison: je n'ai rien dit à ma famille pour demain. Il y avait trois chances sur une que Miyuki veuille m'empêcher d'aller seule avec un garçon que je connaissais à peine, et une chance au moins égale que mes parents m'interrogent pendant des heures avant et après le rendez-vous. Je retournai alors dans ma chambre après un bain chaud bien relaxant, et je mis alors mon lecteur de musique en route. Il contenait un album que je venais d'acheter. Je regardai alors les livres que j'avais prévus de lire tôt ou tard sur mon bureau, mais il n'y avait rien qui m'inspirait pour le moment. Je crois que je n'étais de toutes façons pas d'humeur. J'étais peut-être stupide, mais demain semblait comme un grand jour pour moi, c'était plutôt intimidant, effrayant même. "...Futari ni God bless..." Je chantais parfois doucement les chansons que j'écoutais. Je fantasmais également souvent sur une chouette mise en scène, avec moi chantant lors d'un concert, face à des gens que j'appréciais, pour leur faire passer un bon moment. Appelez-ça un rêve de petite fille si vous le voulez, je savais bien que je ne pourrais jamais le réaliser à cause de ma mauvaise vue. Je m'asseyais alors sur mon lit avant de m'allonger pour repenser un peu à ce que j'allais faire demain tandis que la musique continuait de jouer dans ma chambre. De quoi avais-je si peur, en fait? C'était juste un rendez-vous, n'est-ce pas? Mais c'était mon tout premier... Que faire s'il s'ennuie demain? Et s'il m’emmène quelque part où je ne peux rien voir? Et s'il m’emmène dans un love hôtel? Aaaah, ça me rend folle! Je ferais mieux de trouver quelque chose à lire et de m'endormir ensuite. * * * Le lendemain, j'arrivais chez Shizuka, habillée avec ce que l'on avait acheté pour moi la veille, ainsi qu'un manteau que j'avais acheté il n'y a pas si longtemps que ça. J’ouvris le portail, et sonnai chez elle. Le ciel n'était pas très ensoleillé, mais tant qu'il ne pleuvait pas, ça m'allait très bien. Je préférais comme ça, en fait. C'était plus facile pour moi de voir dehors. "Ah, c'est toi!" fit-elle en ouvrant la porte, et en me faisant entrer. Je grimpai alors les escaliers menant vers sa chambre après avoir bien entendu enlevé mes chaussures. Là, je découvris une chaise au milieu de sa chambre, qui semblait n'attendre que moi. "Tu t'assieds là, Ayako-chan, et je m'occupe du reste." "Hein?" "Mais avant, tu enlèves tes vêtements." fit-elle d'un ton dominant. A quoi pensait-elle? "S-Shizuka-chan!" "Héhé, je plaisantais. Assieds-toi simplement." dit-elle en tapotant la chaise pour m'y inviter. Je m'assis alors, et Shizuka couvrit mon corps d'une longue serviette, avant d'aller vers un tiroir de sa commode. "J'ai préparé un sac à main que je vais te prêter. Tu y trouveras tout ce dont tu as besoin à l’intérieur. Miroir, parfum, gloss, un peigne pliable, du rouge à lèvres, et environ mille yen juste au cas où. Oh et une photo de nous trois. Bien sûr, ces mille yen, si tu les utilises, s'appellent 'reviens', tu sais? Ah et donne-moi ton téléphone, je vais le mettre dedans." Je lui donnai alors mon téléphone, en clignant des yeux. "Une photo de nous? Pourquoi faire?" "Pour que tu puisses montrer combien tu comptes pour tes amies. C'est très important de lui montrer que malgré ton handicap tu as des amis et une vie, tu vois?" Elle a raison, même si c'était assez évident pour moi, mais ça ne devait pas l'être pour d'autres. Je trouvais ça un peu bizarre quand même. "Tu ne trouves pas que ça fait trop?" "Quoi, la photo," demanda-t-elle. "Oui." Je n'avais pas trop envie d'avoir ça avec moi, j'avais l'impression de ne pas en avoir besoin, comme si c'était une insulte à ma fierté. "Bon, d'accord, je l'enlève alors." "Bien, alors, par quoi on commence?" j'essayai de montrer un peu d’enthousiasme. "Bien, d'abord, on va évidemment commencer par t'épiler les sourcils un peu." Evidemment!? "Ah?" "Ca va faire un peu mal, alors tiens-toi bien." Je fermai alors les yeux en respirant un grand coup. "Ne t'en fais pas, je l'ai déjà fait avant." me fit-elle en prenant quelque chose dans sa main, de ce que je pouvais entendre. J'endurai alors patiemment le travail de Shizuka sur ma personne. Après tout, c'était quelque chose qu'elle devrait sûrement faire pour son travail plus tard. Je fronçai quelque peu les sourcils en gémissant de douleur de temps en temps, ce n'était pas aussi agréable qu'elle le laissait entendre. "Ne fais pas ton bébé, Ayako-chan. Ca sera au tour de tes ongles après, et crois-moi, ça va faire mal." "S-Shizuka-chan!" demandai-je, moins sûre de ses intentions. "Hé non, cette fois je ne plaisante pas." Je pouvais sentir un sourire dans sa voix. Elle devait grandement s'amuser. Une fois fini, elle prit un miroir pour me le donner. Je plaçai alors le miroir près de moi pour mieux y voir. "Ils sont plutôt fins maintenant. J'aime bien." je commentai, en clignant des yeux. "Desho desho? Tu dois souffrir pour être belle." Je suppose qu'elle avait raison, même si j'espérais pouvoir passer au-dessus de la case souffrance. Elle me reprit alors le miroir des mains, et je fermai les yeux de nouveau, me reposant sur le siège qu'elle m'avait préparé. Ce n'est pas comme si je pouvais faire quoi que ce soit d'autre de toutes façons. "Ensuite, je vais appliquer une lotion revitalisante sur ton visage. Ca va te faire du bien." m'expliqua-t-elle. "Tu en as besoin, ça te donnera un look plus frais, tu verras." Je souris, en entendant ses mains se frotter l'une sur l'autre rapidement. "Bon, j'y vais." Je sentis alors des mains sur ma peau, m'appliquant une lotion sur le visage. Ca me faisait vraiment du bien, et les mains de Shizuka étaient douces et chaudes. Elle semblait vouloir s'assurer que sa crème soit appliquée partout sur mon visage et mon menton. "Hmmmm..." fis-je. Cela dura quelques minutes avant que Shizuka ne retire ses mains. "Je vais me laver les mains dans la salle de bains, attends un peu." "D'accord." Je laissai alors la lotion sécher sur ma peau pendant que Shizuka était partie. Cela me permit de penser un peu tranquille. Je sortais avec un garçon! J'aurais dû être heureuse, non? Et pourtant, je me sentais toujours agitée par quelque chose que je n'arrivais pas à définir. C'était au-delà de mon contrôle, et je n'aimais pas du tout ça. "Me revoilà!" entendis-je Shizuka annoncer en revenant dans la chambre. Je gardais mes yeux fermés. "Ca m'a l'air bon tout ça. Pendant que ça sèche je vais te limer les ongles comme il faut et m'occuper de tes mains. Ogata doit absolument sentir ô combien tes délicates petites mains sont douces et lisses quand il va les prendre dans les siennes, tu saisis?" "Se tenir la main?" demandai-je, un peu surprise et plutôt intimidée par l'idée de prendre la main d'un garçon comme ça. "Pendant un rendez-vous, on se tient la main, c'est une règle." "D'accord, d'accord." J'attendis patiemment en papotant un peu avec Shizuka alors qu'elle s'occupait de mes ongles. "Alors comme ça tu n'as rien dit à Karen, hein?" demanda Shizuka en premier. "Elle n'a pas l'air de beaucoup aimer Ogata, je pense qu'ils sont sortis ensemble avant et que ça n'a pas marché." expliquai-je. "Hmmm, peut-être qu'il y a anguille sous roche." "Elle a dit qu'elle avait découvert qu'il avait plein de noms de filles dans le répertoire de son téléphone portable. Elle a réussi a mettre la main sur son téléphone et à regarder dedans." Cela fit rire Shizuka, en fait. "Karen en a après les purs et innocents. C'est pas gagné ces jours-ci." "V-vraiment?" comment pouvais-je lui dire que c'est ce que je recherchais aussi chez un garçon? Elle se moquerait de moi aussi. "Même moi, j'ai plein de numéros de garçons dans mon répertoire. Je ne les appelle plus ceci dit, mais c'est bon de savoir qui t'appelle avant de décider de décrocher ou non, tu comprends?" C'est plutôt futé, du point de vue d'une séductrice. "Elle est un peu possessive je pe...aah!" je gemis de douleur alors que Shizuka me limait les ongles et me fit un peu mal. "Oups, pardon, pardon." s'excusa-t-elle, en continuant à s'occuper de moi. "Ca va aller." j'essayai de la rassurer "Ca va aller, ça m'a juste brièvement fait mal, c'est tout." "Shizuka-chan... tu sais que ça va être mon premier rendez-vous, hein? Est-ce que tu aurais, tu sais, quelques conseils?" demandai-je un peu timidement. Mais Shizuka rit de nouveau, ce qui me fit passer pour une idiote dans ma tête. "Allons, ne me dis pas que tu as besoin de conseils pour ça après avoir passé autant de temps sur ma copie de Tokimeki Memorial Girl's Side?" H-Hé! "Mou! Tu sais ce que je veux dire!" Comme si j'avais beaucoup joué à ce jeu. Je n'ai eu qu'une seule fin avant d'arrêter d'y jouer. "Je plaisante, je plaisante, ne panique pas." Shizuka avait toujours ce petit ton et cette petite touche réconfortants juste après m'avoir embêtée, ou quand elle voyait que j'étais un peu mal à l'aise. Cela me relaxait immédiatement. "Agis naturellement, fais attention à ce que ton compagnon s'amuse bien, observe-le, assure-toi qu'il soit content. Ca n'a aucun sens d'aller à un rendez-vous à reculons." Bien sûr, elle avait dit 'observe-le', et réalisa sûrement que je ne pouvais pas trop faire cela. Elle se corrigea tout de suite après. "Je veux dire, essaye de vérifier qu'il s'amuse bien pendant votre sortie et fais en sorte qu'il y ait le moins de distance possible entre vous deux." j'acquiesçai, essayant de bien comprendre ses paroles. "Et surtout, les remarques embarrassantes sont interdites!" "Heiiiiin?" Je dois admettre que je ne comprenais pas bien ce qu'elle voulait dire. Ma réaction fit rire Shizuka. "Je veux dire, essaye de ne pas te rendre idiote en face de lui en disant quelque chose qu'il ne faudrait pas. Pèse tes mots. Certains garçons font de gros efforts pour réfléchir à quoi dire à une fille, c'est donc plutôt normal que l'on fasse de même. Sinon, il va te prendre pour une fille stupide." expliqua-t-elle. C'était plutôt évident. Elle s'arrêta de s'occuper de moi et attrapa d'autres instruments, probablement de son plateau posé près de nous. "J'espère que Karen passe un bon moment avec sa famille." fit Shizuka doucement alors qu'elle me colorait les ongles. "Hum. Elle m'a promis qu'elle nous ramènerait des photos de son voyage aux Etats-Unis." "Elle en a de la chance d'aller à l'étranger de temps en temps. J'aimerais bien visiter l'Europe par exemple un jour! L'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne!" Je gloussai quelque peu. Shizuka avait toujours de grands plans pour tout. Le pire, c'est qu'elle arrivait bien souvent à les rendre possibles à accomplir. Je ne pouvais pas en dire de même des miens. Est-ce que j'avais prévu des choses pour l'avenir? Je dois admettre que l'Europe ne serait pas une mauvaise destination pour un voyage. Peut-être que je pourrais me faufiler dans ses bagages quand elle ira là-bas? * * * Ma séance de torture était terminée a peu près une heure plus tard. "Bien, c'est fini!" Shizuka venait juste de terminer de me colorer les lèvres en bleu foncé. Elle disait que ça me ferait paraître un peu plus vieille. Je levai alors la main à mon visage pour me toucher la joue. C'était tellement doux et lisse! J'avais dû mal à y croire. "Wahou." "Pas mal, hein? Je suis plutôt fière de moi! Tiens, prends ce miroir." Elle me donna alors un miroir à main. Je l'approchai de mon visage pour y voir mieux. Le problème c'est que je ne pouvais pas bien voir tout mon visage comme ça, mais j'avais une bonne idée de ce à quoi je ressemblais. "J'ai vraiment l'air belle." chuchotai-je, en inspectant également mes mains et mes ongles. Ils étaient colorés en ce que j’appelle rose. "Parfait." Shizuka m'aida à descendre de ma chaise, et je me regardai alors complètement. Je n'avais pas l'impression d'être moi-même aujourd'hui, mais j'avais ce sentiment frais et excitant qui m'envahissait, comme si je pouvais faire des choses que je n'aurais jamais osé faire auparavant. "Hmmm. On a oublié les bijoux hier. Je vais te prêter des boucles d'oreille et un serre-tête." "D-D'accord." Je la regardai chercher dans un tiroir de sa commode. Elle revint alors vers moi avec une paire de boucles d'oreilles assez discrètes et un serre-tête. Je la laissai me mettre les boucles d'oreilles en toute confiance. "Elles sont bleu clair. Elles contrasteront bien avec tes cheveux bruns sans être trop voyants au premier coup œil du fait de leur petite taille." J'acquiesçai. Je dois admettre que tout ce qui concernait l'apparence m'avait complètement échappé ces dernières années. Elle plaça alors le serre-tête dans mes cheveux. "Et un peu de bleu clair ici aussi, c'est parfait!" J'espérais bien! Une partie de moi ne voulait pas décevoir mon compagnon, et une autre voulait tout simplement s'enfuir à toutes jambes. Je suis sûre que si Karen avait été là, elle aurait bien volontiers aidé cette seconde partie de moi. * * * Le ciel était bas, mais il ne pleuvait pas du tout. Pas encore en tous cas. Shizuka m'accompagnait jusqu'au point de rendez-vous. "Je me sens bizarre." lui dis-je en descendant du train à la gare de Shibuya. "Excitée? Nerveuse?" "Oui, c'est ça." "C'est l'idée. Je tremblais de partout aussi la première fois. C'est encore pire une fois arrivée au love hotel!" J'ai bien cru que j'allais tomber à la renverse. "Shizuka! Ca ne m'aide pas!" Elle me rit alors au nez. "Je plaisantais, j'essayais de te détendre un peu, tu ne vois pas?" "Mou..." "Oui, évidemment tu ne vois pas." elle se donna alors une petite tape sur le front comme pour se corriger. "Désolée." Cela, par contre, me fit sourire. "T'en fais pas, va." Nous marchâmes un peu parmi la foule, tandis que je bougeais ma canne en face de nous. En sortant de la station, je mis alors mes lunettes de soleil. "On dirait qu'il est déjà là." elle montra la direction de Hachiko avec son doigt, et en me concentrant un peu, je pouvais voir quelqu'un là-bas en effet, dans des vêtements sombres avec quelque chose en dessous. Sûrement un pull. "Viens, on s'approche!" Et elle m'emmena jusqu'à lui. Il nous fit un petit signe de la main en nous voyant approcher. "Hé bien, j'en ai eu deux pour le prix d'une ou quoi?" demanda-t-il, me faisant immédiatement rougir. Evidemment, Shizuka, elle, riait. C'est difficile de l'imaginer embarrassée. "Oh non, non. J'accompagne juste Ayako jusqu'ici. Elle ne pouvait pas venir toute seule. Je te la laisse maintenant." Il y eut une petite pause. "Si Suzumiya n'utilisait pas une canne et des lunettes de soleil, vous pourriez passer pour des sœurs, vous savez?" il nous fit remarquer. "Je ferais mieux de vous laisser les tourtereaux, vous avez du boulot." plaisanta-t-elle, en faisant un signe de la main et en s'éloignant. Du travail? "Bon," il dégaina le premier "Tu as besoin de mon bras ou quelque chose?" il demanda poliment. Je pense qu'il demandait ça a cause de mon handicap, et pas comme un moyen déguisé de sentir ma poitrine contre son bras. "Je vais me débrouiller en te suivant, je vois un peu." dis-je en souriant. D'un point de vue purement romantique, ce n'était pas la meilleure chose à dire quand j'y repense, mais je ne me sentais pas suffisamment à l'aise à ce moment là de toutes façons. "Parfait, on va aller à cette salle d'arcade tout près, pour commencer." Une salle d'arcade? Je ne suis pas allé dans ce genre d'endroit depuis des lustres. * * * Shizuka m'avait donné de l'argent, mais j'en avais préparé aussi bien sûr, et j'allais sûrement bientôt l'utiliser. Nous déscendîmes alors les marches d'une salle d'arcade souterraine. Il y avait du monde là-dedans, mais moins que ce que je m'imaginais, sachant que l'on était à Shibuya. Je regardai timidement autour de moi, aux écrans des jeux vidéos dans al salle. Des jeux de rythme, de combat, de tir... "Je suis plutôt bon à ça, tu veux voir?" il me demanda. On aurait dit qu'il voulait se la jouer devant moi, et il prit une arme sur la station de jeu. Ca ressemblait à un pistolet quelconque. "Ah, euh, c'est pas comme si je pouvais réellement apprécier ton habileté à ce jeu, tu sais." dis-je alors, un peu embarrassée. Je pense qu'il n'avait pas réalisé que ça ne servait à rien de me laisser le regarder jouer à un jeu de tir. Croyait-il vraiment que je verrais l'écran en face de lui? Ou est-ce qu'il se moquait de moi? J’espérais que ce rendez-vous ne se déroule pas ainsi toute la journée! "Hé, je suppose que tu as raison, je n'avais pas pensé à ta vue." il essaya de s'excuser. "Maintenant que j'ai mis de l'argent dans la machine, ça te dérange si je fais au moins une partie?" Je suppose que ça aurait été mal vu que je refuse. J'ai été trop gentille sur ce coup, je pense. "Ca va aller, tu peux jouer." répondis-je alors avec un sourire aussi doux que possible. Je regardai alors son écran pendant qu'il jouait et tirait sur des monstres. Il était plutôt bon je pense, puisque je voyais les formes disparaître les unes après les autres quand l'écran passait momentanément au blanc chaque fois qu'il tirait sur quelque chose. Je tournai alors la tête pour le regarder lui, un peu fatiguée de voir l'écran scintiller depuis tout à l'heure. Il était dans une bonne position, concentré, en tenant le pistolet devant lui des deux mains. Il n'essayait pas de flamber, je pense. Il semblait concentré sur ce qu'il faisait. S'il tenait tant que ça à faire le malin devant moi, il aurait essayé de jouer à une main je pense, tout en me parlant. Je hais vraiment ce genre de types. Il perdit au bout d'un moment face à un gros monstre à tentacules de ce que j'avais compris, et il remit le pistolet à sa place. "Bien, tu veux un jeu où on peut se rapprocher de l'écran?" il demanda. Je regardai autour de moi les différentes machines de jeu qui s'offraient à nous. Il y avaient celles qui étaient les unes en face des autres, qui faisaient tourner une sorte de jeu de combat. "Hum, je ne sais pas." dis-je, en toute honnêteté. Je n'étais pas trop jeux vidéos, même si j'aimais bien parfois emprunter ceux de Shizuka. "Et les jeux de danse? Tu connais DDR et ParaPara Paradise, non?" Bien sûr, j'y jouais souvent quand j'étais plus jeune avec Shizuka, Karen et Aoi. Ces jeux étaient un peu dépassés, mais on pouvait en trouver encore quelques-uns uns dans des magasins spécialisés d'après ce que j'avais entendu. "Je les connais, oui. J'y jouais avec Karen et Shizuka." expliquai-je. "Cette salle d'arcade a une pièce avec des jeux comme ça, ça te tente? Je pense que tu peux voir les flèches se déplacer à l'écran au moins, hein?" J'acquiesçai. On dirait qu'il commençait à comprendre. Ca m'a fait sourire. "D'accord, allons-y." Nous entrâmes dans une pièce dans le fond, et il y avait là une borne DDR non utilisée, ainsi que d'autres jeux avec des instruments de musique différents. Je savais que ce genre de jeux était assez populaire il y a quelques années. Je laissai alors ma cane et mon sac à main sur le côté de la machine avant de grimper sur les panneaux de danse sans effort. Je sentis alors la main de Ogata qui voulait apparemment me guider, mais il vit bien vite que je pouvais le faire moi-même. Franchement, c'est si difficile de monter une marche de juste quelques centimètres? "Tu te débrouilles à ce jeu?" me demanda-t-il. Je haussai les épaules. "Comme ça. Ne t'en fais pas pour moi, je peux voir les flèches quand le fond est assez sombre." "D'accord." On aurait dit qu'il avait demandé ça par politesse, mais encore une fois, peut-être étais-je tout simplement trop soupçonneuse. Et la danse commença sur la musique du jeu. Je dois admettre que j'étais un peu rouillée. Je devais avoir 14 ans a peine quand j'y avais joué pour la dernière fois. Mais c'est comme rouler à vélo, ça ne s'oublie pas. Je ne me débrouillais pas trop bien, je faisais quelques B et C pendant la plupart des chansons. J'allais descendre pour attraper mon sac et rajouter des pièces dans la machine, mais en revenant dessus, Ogata m'arrêta. "Je t'ai déjà rajouté des crédits, continuons à danser encore un peu." "Oh." Je souris un peu, et nous dansâmes de nouveau pour trois chansons. Cette fois cependant, j'insistai pour qu'il choisisse les chansons lui-même. * * * Après quelques autres chansons, je lui signalai gentiment que ça commençait à me fatiguer. Bien sûr c'était amusant, mais il devait sûrement avoir remarqué que je n'étais pas très bonne à ce jeu et que je voulais faire autre chose. Nous retournâmes dans la pièce principale, Alors c'est ça la main d'un garçon. Dure, grande, chaude... Il me dirigea vers plusieurs machines d'arcade arrangées en mode versus. On ne pouvait pas voir son adversaire ici, mais on sait qu'il ou elle est en face de soi. "Tu devrais mieux voir si tu t'assieds directement en face, non?" me dit-il en me montrant un siège en face d'une machine. "Euh, oui." dis-je avec un geste de la tête, tout en m'assoyant. Il alla alors vers sa propre machine en face de moi. Je jettai un œil aux contrôles, qui semblaient être faits pour un jeu de combat. Je n'étais pas très à l'aise avec ces jeux-là. Shizuka ou Karen me battaient tout le temps à plate couture. C'était un jeu pour les garçons de toutes façons. Je sélectionnai mon personnage, en essayant de prendre le plus fort. Je devais avoir l'air stupide à regarder mon écran d'aussi près, mais j'essayais de cacher mon embarras en me concentrant sur le jeu qui allait commencer. Mon personnage était un grand type nommé Maxima. Ogata avait pris un personnage féminin dont j'avais déjà oublié le nom. Tout ce dont je me souvienne, c'était qu'elle avait l'air d'une de ces idoles qu'on voit dans les magazines. Vous savez, le genre de filles qui ont leur cerveau dans leur poitrine. La bataille débuta. Je commençai à appuyer sur les boutons aléatoirement en faisant quelques mouvements maladroits. Mon personnage était lent, alors que le sien était du genre léger comme une plume. Il ne me fallut que quelques secondes pour m'habituer aux commandes. Le jeu était plutôt simple à suivre pour moi, les graphismes n'étaient pas très détaillés et surtout très colorés, ce qui me permit de me concentrer sur les personnages devant, bien visibles par rapport au reste du décor. Pied, poing, prise, garde... Encore une fois... Mou! Ogata ne m'aidait pas vraiment! Je n'étais pas sûre de s'il jouait sérieusement ou pas, mais j'ai finit par perdre deux fois de suite. Il n'avait pas fait de coup spectaculaire comme on voit dans les pubs à la télé pour ces jeux-là, mais il m'a quand même battue. Voyant que je ne me débrouillais pas bien, il se leva de son siège après le troisième match et vint vers moi. "Bon, si on allait ailleurs?" me demanda-t-il, sans faire de commentaire sur mes piètres performances aux jeux vidéos. Je me levai alors en acquiesçant de la tête, tout en prenant ma cane en main, et en le suivant de près. J'avais l'impression d'être passée pour une idiote en jouant à ces jeux aussi mal avec lui. Je pensais que c'était normal pour une fille de mon âge de savoir jouer à ça. Il y avait un certain nombre de filles dans la salle, même si la populace était mieux garnie en garçons, à vue œil. * * * En sortant de la salle d'arcade. Je ressentis le froid de Décembre contre ma peau. Mais surtout, quelque chose d'humide sur mon visage. De la pluie ? En regardant mes mains de près, je vis de la neige ici et là. Elle tombait plutôt lentement, cependant. Alors que j'inspectais mes mains, j'entendis un chuchotement dans mon oreille. "On va manger un truc?" C'était une simple question, mais la puissance du chuchotement dans mon oreille si sensible m'a fait sursauter. Oui, c'est mon point faible. Malheureusement, Shizuka le sait. "Ah euh. Bien sûr." Je mis mes lunettes de soleil sur mon visage pour mieux y voir dehors. Même si le ciel était bas et que le soleil ne brillait pas tant que ça, c'était tout de même difficile pour moi de bien voir. Et pourtant, il y a une semaine à peine je ne les portais pas. Maintenant qu'elles sont sur mon nez et mes oreilles, je me sens beaucoup mieux dehors pendant la journée. J'étais contre bien évidemment au début, mais vous savez comment c'est: les parents vous poussent à le faire, les amis vous poussent à le faire, quelque chose dans votre tête vous pousse à le faire, et sans s'en apercevoir, vous portez subitement des lunettes de soleil même quand il n'y a pas de soleil dehors. Le truc c'est que, dés que je les avais essayées, je me suis rendue compte que je me fatiguais bien moins les yeux dehors, et que ça ajoutait du confort à ma vie de tous les jours. J'avais quand même un peu peur de ce que les gens penseraient d'une écolière avec des lunettes de soleil, mais je pense que ma canne donnait un indice assez révélateur sur leur utilité pour moi. Je laissai Ogata me diriger de nouveau au travers des rues de Shibuya. Nous marchâmes un petit peu, mes chaussures se faisant entendre sur le trottoir. Je restai silencieuse tout ce temps, en regardant en face de moi au travers de mes lunettes de soleil. "Je vois que tu te déplaces plutôt facilement, pour quelqu'un qui ne voit pas bien." "Bah, je vois un petit peu, la canne est juste là pour dire aux gens de faire attention." Il fit un petit 'hum' à cela. "Tu es comme ça depuis ta naissance?" J'avais entendu cette question de maintes fois auparavant, et j'avais toujours la meilleure réponse à celle-ci. "Ouais. C'est mieux que de perdre la vue après un accident par exemple. Etant donné que je ne sais pas comment les gens normaux voient, je ne sais pas ce que c'est de manquer de quelque chose. Je ne sais pas ce que je perds, et c'est ça ma force." Je l'entendis rire doucement, mais je gardais mes yeux en face de moi alors que nous marchions. Ce n'était pas sensé être drôle, Ogata. "Au moins tu essayes de voir ce qui est bon là-dedans. C'est quelque chose dont tu peux être fière." En traversant une rue en direction du quartier d'Harajuku, mon nez capta une odeur. Une très très bonne odeur. "Taiyaki!" fis-je, en cherchant autour de nous qui en vendait. "Taiyaki...?" demanda Ogata. Il me vit chercher je pense, et sembla faire de même. "Viens avec moi." Je le sentis alors me prendre par le bras et m'emmener plus loin dans la rue. Ah, l'odeur devenait plus forte... Mon penchant pour les melonpan et les taiyaki était en fait légendaire parmi ma famille et mes amis. Certains disaient que ça me mènerait à ma perte un jour. Non, ne me demandez pas. * * * Quelques minutes plus tard, nous étions assis sur un banc ensemble, un sac de taiyaki chauds dans mes bras, et l'un de ces délicieux gâteaux en forme de poisson dans ma main. Je mâchais la tête du poisson avec délice. "Si j'avais su que tu aurais autant faim, on serait allé à un café tout de suite." me dit-il. Je m'en fichais. J'avais déjà fini de grignoter l'un des taiyaki, et en avait pris un autre du sac. Pour l'instant c'était tout ce qui m'importait. "Hmmm, j'adore ça. T'en veux un?" proposais-je. "Pourquoi pas." Je lui en passai alors un tout en continuant à dévorer le mien. Je regardai ensuite la neige tomber devant nous. La chaleur du gâteau, rempli de crème était suffisante pour me faire oublier le froid. "Tu vois bien quand il y a plein de neige comme ça autour de nous?" me demanda-t-il, comme ça. La question m'avait un peu surprise sur le coup, mais je trouvais ça sympa de sa part d'avoir demandé. Est-ce qu'il s'inquiétait pour moi? "Bah." fis-je entre deux bouchées. "La neige c'est blanc, et la lumière du soleil m'aveugle déjà, ça me handicape donc encore plus." "C'est pour ça que tu utilise des lunettes de soleil." Remarquable. Un vrai génie. "Tout à fait. C'est pas parfait, mais ça rend ma présence dehors moins pénible. Quand je n'avais pas de lunettes de soleil, je clignais tout le temps des yeux, parce que je ne pouvais pas les garder ouverts assez longtemps à la lumière du jour. Je ne voyais qu'une image ou deux toutes les secondes, je devais donc faire super attention." "Hmmmmmm." il sembla m'écouter, et s'inquiéter, apparemment. Enfin j'espérais bien que ce n'était pas du vent. Ca serait vraiment méchant de sa part si c'était le cas. Il se tut après ceci, me permettant de finir mon taiyaki en paix. Une fois mon second gâteau englouti, je commençais à me demander quand nous allions partir. "Et donc, qu'est-ce qu'on fait maintenant?" demandai-je, curieuse. "J'avais prévu un ciné en fait, mais je n'avais pas réellement pensé à ton problème de vue." C'était bien la première fois qu'on m'avait dit ça! Je ne savais pas si je devais me sentir insultée qu'il n'y ait pensé que maintenant, ou reconnaissante qu'il y ait pensé tout court. Je veux dire, s'il n'y avait pensé que maintenant, avait-il vraiment préparé quelque chose pour cette sortie? C'était ma première fois! Il aurait pu respecter ça, au moins! Ma réponse allait sûrement le surprendre. "Je peux aller au cinéma, l'écran est assez grand. Il faut juste que je sois dans les premiers rangs." Je peux comprendre que les gens puissent penser que je ne voyais pas assez bien dans un cinéma au vu de la distance entre l'écran et les spectateurs, mais franchement, tant que ce n'était pas un film étranger sous-titré, je pouvais l'apprécier aussi bien que quiconque. "Alors allons-y." dit-il en se levant et en enlevant de la neige de son pantalon. Je fis de même pour le suivre, mon sac de taiyaki en main. J'étais un peu fatiguée, et un film m'aiderait sûrement à me relaxer un peu. * * * Il y avait plein de gens près du cinéma à cette heure de la journée, et je finis par prendre le bras d'Ogata contre moi pour le suivre, ma canne en main. Le truc pratique avec cette canne, c'est quand il y a plein de monde autour, ça permet de disperser les gens facilement. Un petit coup par-ci par-là, et tout le monde se déplace pour me laisser passer. Nous entrâmes dans un cinéma de Harajuku, et choisîmes un film ensemble. Je n'étais pas trop difficile vis à vis des films, et nous avions fini par prendre une comédie romantique. J'avais oublié son nom, mais ce n'était pas très important. Nous nous plaçâmes au milieu de la salle pour que l'écran soit à une distance raisonnable pour que je puisse voir. Je laissai mon manteau derrière moi avant de me relaxer dans le siège en attendant que le film commence. "Ca va aller ici?" il demanda. "Oui, ne t'en fais pas." Je fermai mes yeux en attendant que le film commence. Est-ce que j'allais m'endormir? Les sièges étaient plutôt confortables en fait. Je pouvais bien dormir ici si je ne faisais pas attention, mais ça serait vraiment malpoli de faire ça, surtout après avoir insisté pour venir au cinéma comme il avait initialement prévu. Autant se reposer un peu avant que le film ne commence. * * * J'ai dormi. Tout le long du film. J'y crois pas! J'ouvris les yeux pour être accueilli par le générique de fin et les gens qui commençaient à discuter doucement du film qu'ils venaient de voir avant de partir. J'entendis alors un petit rire étouffé près de moi. "Bien dormi?" Je sursautai dans mon siège en regardant à ma droite, pour voir Ogata me fixer. "Je... Est-ce que je viens de...?" "Ouais, tu as dormi pendant tout le film. On dirait que tu étais bien fatiguée." Mon visage vira au rouge. Comment pouvais-je être encore plus embarrassée maintenant!? "Oh, je... Je suis vraiment désolée Ogata-kun! Vraiment! Je ne voulais pas! Je me sentais juste si bien là, et j'étais un peu fatiguée de la marche que l'on a faite tout à l'heure et des taiyaki que j'avais mangé, et..." Je voulais trouver d'autres excuses, mais je commençais à être à court d'idées. Heureusement, il m'interrompit avant que je ne puisse me ridiculiser encore plus. "T'en fais pas. Le film était beaucoup moins intéressant que ton joli petit visage endormi." dit-il en m'adressant un large sourire. Même si cela me calma quelque peu, sa remarque me faisait rougir encore plus. Karen, c'est donc de ça dont tu parlais? * * * Le cinéma était bientôt derrière nous. Il neigeait encore doucement dehors. Je remis mes lunettes de soleil, en me tenant au bras d'Ogata de nouveau. Je suppose qu'on devait ressembler à un couple de loin. C'était bizarre, je sortais avec ce type que je connaissais à peine, et pourtant, je ne ressentais rien de spécial pour lui. Shizuka m'avait à peu près convaincue que c'était tout à fait normal. C'est vrai qu'avec tous les romans et manga que je lisais, je croyais bien souvent en d'autres façons de développer une relation sentimentale. "Voyons. Je crois connaître le truc parfait pour te réveiller." "Hein?" je commençais à me demander où il voulaient en venir. "Tu vas bien voir." Je ne sais pas si c'est le genre de choses qu'il disait à toutes les filles qu'il emmenait quelque part où il ne voulait pas qu'elles le sachent, mais pour moi, c'était assez effrayant. Comment étais-je supposée deviner où on allait sachant que je ne pouvais me fier uniquement à ce qu'il me disait? Quel idiot. Il m'emmena à travers quelques rues, et cela me pris quelques minutes avant de réaliser que nous étions de retour à Shibuya. Cependant, pas exactement du bon côté de Shibuya. Je veux dire, pas dans le genre de rues où une fille est sensée se balader seule. J'étais accompagnée, bien sûr, mais ça ne changeait rien au fait que je me demandais où nous allions. "Ogata-kun... Ce sont des love hotels, hein?" demandais-je avec une petite voix, toute embarrassée. Oh làlà, si c'est ce que je pensais que c'était, Shizuka avait raison. Mais je n'étais pas prête! "Ce n'est qu'un raccourci. Je ne fais jamais ça lors d'un premier rendez-vous, ne t'en fais pas." répondit-il. Pouvais-je vraiment lui faire confiance? Pourquoi j'ai accepté ce rendez-vous déjà?! Après quelques centaines de mètres, nous étions de retour dans les principales avenues de Shibuya, avec lesquelles j'étais déjà un peu plus à l'aise. "Où va-t-on exactement?" osais-je demander. J'étais un peu déboussolée, et je regardai mes pieds pendant que nous marchions ensemble, le laissant guider mes pas à travers les rues. "On va faire un peu de karaoké." Ces mots résonnèrent dans ma tête. Mes yeux s'illuminèrent derrière mes lunettes. "Karaoké?" demandai-je, juste pour être sûr d'avoir bien entendu le mot magique. "Ouaip. Ca t'embête? Tu ne peux pas lire les paroles à l'écran?" "Peu importe, j'adore le karaoké!" Et c'est ainsi que ce fut à mon tour de l'emmener en le tirant par le bras. Où? Je ne savais même pas où était le karaoké le plus proche, mais je voulais montrer mon enthousiasme. * * * Je le laissai louer une salle de karaoké pour deux heures. C'était plutôt normal ici, et deux heures c'était bien assez pour deux personnes. C'était ma seule chance de briller aujourd'hui! Je commandai un jus d'orange et il prit un soda. On n'était pas en âge de boire de l'alcool de toutes façons, et je ne pense pas qu'il était du gère à vouloir passer outre les lois. "Tu aimes tant que ça le karaoké?" "Sans rire, Shizuka, Karen et moi allons souvent en faire après les cours. Quand Karen n'a pas d'activités pour son club bien sûr." expliquai-je en m'asseyant près de lui. Je baissai les yeux pour jeter un œil sur mon apparence. Ca peut paraître stupide, mais j'étais un peu comme ça, à toujours avoir peur qu'il y ait quelque chose qui cloche quand j'étais stressée. Le fait de ne pas bien voir contribuait beaucoup à mon insécurité à ce sujet. "Depuis quand tu connais Sakazaki, si je puis demander?" j'étais un peu perplexe sur le coup. Pourquoi s'intéressait-il à elle alors qu'il m'avait moi? Ma jalousie prit le pas. "Oh, quelques années. On s'est rencontrées quand j'étais au collège, en fait ça doit faire trois ans. Oui, trois ans. Pourquoi tu demandes?" J'essayai de ne pas le montrer, mais j'étais un peu jalouse qu'il pense à Karen à un moment pareil, alors que j'étais là. Peut-être que ça se ressentait dans le ton de ma voix. "Juste comme ça. Ce n'est pas comme si je la connaissais bien." Pas très convaincant Ogata, tu sais. Je laissai passer ça en le voyant attraper la télécommande du karaoké et à regarder les chansons disponibles. "Tu veux un truc en particulier?" demanda-t-il. Un choix bien difficile. Je dois penser à une chanson qu'il aimerait bien sans être égoïste. Je pris l'index du karaoké dans mes mains pendant qu'il naviguait à travers la liste des chansons sur l'écran de la machine. Il y avait toujours un livre gros comme un annuaire avec une liste des chansons et un moyen de les sélectionner et de les trouver facilement à l'écran, afin de chercher des chansons pendant que quelqu'un d'autre chantait. Maintenant, que choisir... Shizuka m'a bien dit de m'assurer que mon compagnon s'amuse. Prenons quelque chose de sympa et connu pour commencer. "Qu'est-ce que tu penses de 'Can you celebrate'?" suggérai-je. "C'est un bon début." D'après moi, la meilleure chanson de Namie Amuro serait celle-ci. J'étais encore une gamine quand ce tube est sorti. Mais même après toutes ces années, je pouvais encore dire que je l'aimais beaucoup. Cela me rappelait des souvenirs du temps passé avec Aoi en vacances. "Où est le micro?" demandai-je en le cherchant du regard. "Là." il l'attrapa à l'autre bout de la table et me le donna. "Merci, Ogata-kun." fis-je avec un sourire en me levant. J'étais prête à lui montrer facultés de chanteuse. Je fermai les yeux, en lui demandant de démarrer la chanson. Je lui faisais face, déterminée à prouver que je connaissais la chanson par cœur et que je n'avais pas besoin de regarder l'écran. Je commençai alors à chanter en tenant le micro près de ma bouche. 'Can you celebrate?' n'était pas une chanson très difficile il faut dire. Les paroles venaient simplement tandis que la musique battait son plein. J'étais bien habituée, je pouvais facilement reproduire l'aura de Namie Amuro en fermant mes yeux et en m'imaginant chanter comme ça sur scène. Appelez ça un rêve de petite fille si vous le voulez, je m'en moque bien. C'était mon petit fantasme caché qui alimentait mon amour pour le chant. La chanson toucha à sa fin, et je rendit le micro à Ogata. Nos mains se touchèrent, me faisant rougir un peu. J'allai alors m'asseoir sur la banquette en le regardant chanter une chanson très rock de Kinya Kotani. J'étais un peu surprise au début je dois l'admettre: la chanson était très difficile à chanter. Il avait quelques soucis à passer les parties les plus rapides, mais à bien regarder sa performance était plus qu'honorable. Pendant qu'il chantait, je cherchai une chanson pour la suite dans l'index du karaoké. Hmmm, quelque chose de sympa et qui collerait à un thème hivernal? J'avais déjà une petite idée. Je pris alors de nouveau le microphone, nos mains se touchèrent de nouveau... J'allai doucement en face de lui de nouveau, mon dos tourné à la machine. "Chiisana shiaaaawase o... Daiji ni atatameeeeeteta... Nee..." Comme d'habitude, la chanson coulait à travers moi sans effort. J'ouvris mes yeux pour le regarder tout en chantant. Les paroles étaient plutôt romantiques en fait, et ce n'est que plus tard que je réalisai que peut-être, je n'avais pas pris la meilleure chanson pour ce genre de rendez-vous sans amour. Je lui souris sur la fin, et m'approchai afin de m'asseoir de nouveau, en lui tendant le microphone. Cependant, le passage du micro d'une main a l'autre ne se passa pas exactement comme prévu. Mon bras toucha quelque chose, et avant que je ne puisse l'éviter, je réalisai que c'était son verre, qui bien sûr était en train de s'écouler sur la table, puis sur son pantalon a hauteur du genou. "Aah!" je retirai ma main aussitôt. Je n'avais pas vu le verre sur la table! Il avait bougé ses jambes instinctivement, mais son soda avait tâché son pantalon en y laissant une petite trace humide. Même moi je pouvais la voir. "J'ai un mouchoir, je m'en occupe!" Je cherchai rapidement dans mon sac à main, comme s'il y avait urgence. Bon, pas vraiment en fait, si on ne prend pas en compte mon degré d'embarras à ce moment précis. Je voulais réparer mon erreur rapidement. J'attrapai le sac en le fouillant rapidement, à essayer de trouver le paquet de mouchoirs. Par panique, ma main attrapa autre chose, et je le sortis du sac, avant de remarquer que je tenais dans la main un emballage plastique autour d'un truc qui ressemblait à un anneau. Non en fait, c'était autre chose... "Hé bien Suzumiya, quelle audace!" fit-il en montrant le préservatif que je tenais dans ma main. Mon cœur faillit s'arrêter. Shizuka, tu vas mourir ce soir. Oh oui... * * * "Domou arigatou gozaimashita!" La jeune femme au comptoir nous remercia de notre visite au Karaoké alors que nous partions. Je ne lui ai même pas fait un signe de la tête, j'étais trop occupée à m'excuser auprès de Ogata pour la énième fois. "Je suis vraiment désolée!" J'avais immédiatement tenté de lui expliqué que c'était Shizuka qui avait mis ça dans mon sac sans que je le sache, que je ne voulais pas faire ce genre de choses tout de suite, que je n'étais pas comme ça... Shizuka, tu vas vraiment me le payer. Attends voir. "C'est pas grave, au moins tu avais des mouchoirs dans ton sac." fit-il avec un petit rire étouffé. Je savais qu'il se moquait de moi. Tant pis. "Veux-tu que je te raccompagne chez toi? Il se fait tard." J'allais appeler Shizuka pour qu'elle vienne me chercher, mais vu qu'il s'est proposé, comment refuser? "D'accord, mais tu me mets uniquement dans le bon train cette fois. J'appellerai Shizuka, elle me récupérera à la gare, hein?" "Ca me va. Je sais déjà que tu es une grande fille avec ce que tu as dans ton sac." Essayait-il de me faire mourir d'embarras? Le ciel était sombre déjà, je gardai ainsi mes lunettes dans une des poches de mon manteau. Il y avait un peu de neige ici et là sur les rues, mais ça ne me dérangeait pas. En fait ça m'aidait bien en augmentant le contraste des gens qui marchaient. * * * Le retour à Nakanobu était plutôt sans surprises et je fus récupérée par Shizuka à la gare. Je souris à Ogata en le saluant un peu. Même si j'avais un peu protesté au départ, il avait quand même pris le même train que moi, pour s'assurer que je ne loupe pas la bonne gare. "Merci de t'être occupé de moi aujourd'hui." "C'était plutôt sympa. Je suppose qu'on se reverra à l'école l'année prochaine." fit-il avec un large sourire, en nous faisant un signe de la main avant de s'en aller. J'attendis qu'il soit hors de portée de voix avant de parler avec Shizuka. "Toi, ma petite, tu vas payer maintenant." dis-je d'un ton faussement menaçant. "Oh, tu as trouvé le préservatif, hein? J'ai pensé que ça pourrait t'être utile, mais j'ai oublié de t'en parler." Elle mentait. Je pointai ma canne vers elle dangereusement tandis qu'elle m'embêtait. On ne se moque pas de Ayako Suzumiya comme ça! "J'aurais pu mourir d'embarras là-bas! T'imagines ce qu'il a pu penser de moi!?" lui lançai-je, un peu aigrie. Shizuka était une amie, une très bonne amie, et même si parfois j'étais furieuse contre elle, je ne l'étais jamais assez longtemps pour arrêter de la considérer comme telle. Je me calme souvent très vite. Elle rit et fit de son mieux pour éviter mes coups de canne. "Ayako-chan, Ayako-chan, je suis sûre qu'il n'en a pas pensé moins de toi. Tu faisais juste attention en ayant ça dans ton sac, tu sais." Elle avait raison, mais quand même. "Mou! Je le dirai à Karen!" "Oh je suis sûre qu'elle va trouver ça très marrant aussi." Honnêtement, j'en doutais. "MOU! Tais-toi, tais-toi, tais-toi, tais-toi!" Il me faut du melonpan. Maintenant! * * * A suivre.