Un petit lexique japonais pour commencer. Les fans d’anime sauront sûrement déjà:
Ittekimasu: J’y vais, je pars.
Itterasshai: En réponse à ittekimasu, un peu comme « Bonne journée » ou « Fais attention en chemin »
* * *
« Bien, combien de doigts? »
Aujourd’hui était mon examen visuel semestriel. J’étais assise là, en face de l’ophtalmologiste, mon œil droit caché par sa main, tandis que l’autre essayait de compter les doigts de son autre main. Je ne pouvais pas vraiment juger la distance, mais ce n’était pas très loin, je pouvais bien les voir.
« Quatre? » répondis-je.
« Presque. En fait c’était cinq, j’ai un peu triché en cachant mon pouce à la limite de ton champ de vision pour voir si tu pouvais vraiment voir ou pas. »
« Ah, d’accord. »
J’étais un petit peu déboussolée. Le docteur qui m’examinait habituellement a pris sa retraite il n’y a pas longtemps, et celui-ci a repris son affaire. Il était plus jeune, probablement dans la trentaine je dirais, d’après sa voix. Ses méthodes étaient cependant assez différentes de son prédécesseur.
« Mais tu as vu les quatre autres, et c’est plutôt bien. » conclut-il.
Il tourna sur sa chaise pour me passer une tablette de lecture avec différentes tailles de texte dessus. J’étais habituée à ces textes. Je faisais ces tests depuis que mes parents eurent découvert que j’étais presque aveugle, peu de temps après ma naissance. Je commençai à lire les mots de différentes tailles, pour lui montrer jusqu’où je pouvais aller.
« Bien, ça suffira. » me dit-il, en prenant la tablette de mes mains. J’étais un peu surprise, c’était d’habitude si long avec l’autre docteur.
« D’après ce que dit ton dossier, je vais te conseiller plusieurs choses. Tout d’abord, c’est bien que tu aies acheté une canne, mais tu vas certainement avoir besoin d’autres accessoires. »
Super…
« Quoi? Je me débrouille bien dehors… » Je voulais en dire plus, mais il m’interrompit.
« Ah, je ne pense pas. Tu es bien trop sensible à la lumière dans la pièce, et tu t’es trompée sur quelques lettres quand tu as lu sur l’écran qui est au mur. »
Je grognai intérieurement.
« Docteur, vous êtes sûr? » demanda ma mère. Elle était assise en face de son bureau à l’autre coin de la pièce. Elle m’accompagnait toujours pour ces visites. « Takamura-sensei n’a jamais pensé que ça pouvait être un gros problème. »
« Peut-être que j’approche les choses d’une méthodologie de traitement différente. » dit-il en la regardant. J’ai l’impression qu’il lui fit même un petit sourire.
Je me levai et retournai à son bureau, pour m’asseoir près de ma mère.
« Suzumiya-san, » il me regarda. « Je crois que tu auras besoin de porter des lunettes de soleil dehors, et peut-être aussi un monoculaire pour voir les feux de circulation, par exemple, ou pour lire quelque chose à distance moyenne. »
« Attendez, attendez… des lunettes de soleil? Je vais avoir l’air bizarre avec ça sur le nez. » J’essayais de me défendre.
« Hmmm… » fit ma mère. « C’est vrai que tu cligne des yeux assez souvent Ayako, surtout quand il fait beau dehors. »
Merci maman, j’avais vraiment besoin de ce genre de support.
« Ce qui me dérange, c’est que je vais devoir trimballer ça partout avec moi! »
« Oh, pas d’inquiétude, tu peux les mettre autour de ton cou quand tu n’en as pas besoin. Tu sais, les aveugles utilisent des lunettes de soleil pour cacher leurs yeux. » le docteur ajouta. Il s’était présenté quand nous étions arrivées tout à l’heure, mais j’avais déjà oublié son nom.
Je me plongeai alors dans ma chaise.
« Bien, bien. Mais ça va coûter cher, non? » Je regardai alors vers maman, bien évidemment pour demander de l’aide.
« Hé bien… » elle sembla réfléchir. « Je suppose, on va étudier ça, Ayako-chan. Si c’est pour toi, ton père et moi pouvons faire quelques petits sacrifices tu sais. » dit-elle avec un sourire. Le coup de grâce. Bien que je sois particulièrement reconnaissante envers eux depuis que j’ai appris la valeur de l’argent, le fait qu’ils dépensent autant pour moi m’embêtait.
« Je vais vous donner l’adresse d’un bon opticien, il aura sûrement ce que vous cherchez. Il a toujours été proche de ses clients, vous ne le regretterez pas. » dit-il, en écrivant quelque chose sur un bout de papier, avant de le donner à ma mère.
« Merci. » répondit-elle en le prenant.
« Maintenant, si vous voulez bien m’excuser un instant. Je dois prendre des notes pour la visite d’aujourd’hui. »
Il tourna sur sa chaise pour faire face à son ordinateur, prit quelque chose dans sa main, et commença à parler. Ca m’a pris un moment pour comprendre qu’il enregistrait tout ça sur son ordinateur, pour l’ajouter à mon dossier, j’imagine
« Mercredi 13 Décembre 2006. J’ai examiné la patiente Suzumiya Ayako, née le 23 Mai 1990. Œil droit en dessous de 1/10ème, réduit à compter les doigts à 50 centimètres. Œil gauche à 1/20ème avec un Parinaud 14 à 35 centimètres, mais descend à 3 à distance de lecture de 5 centimètres… »
C’était la première fois que j’entendais ma condition décrite ainsi. Croyez-le ou non, mais je ne connaissais aucun des termes médicaux jusqu’à maintenant. Depuis que j’ai été identifiée comme malvoyante étant bébé, Takamura-sensei n’a jamais réellement pris la peine de me l’expliquer, et il ne faisait jamais de résumé comme ça à la fin de mes visites. Tout du moins, pas en face de moi. Je soupçonne mes parents d’avoir su depuis tout ce temps que ce n’était pas qu’une mauvaise vue, mais ils ne m’en ont jamais parlé. En même temps, ce n’est pas comme si je comprenais tout ce que le médecin disait.
« …champ visuel joint au dossier. Fin de l’enregistrement. »
Il appuya alors sur un bouton, et reposa sur son bureau ce qui pouvait ressembler à un dictaphone. Je ne le voyais pas très bien, mais ce n’était pas trop difficile à deviner.
« Bien, on se revoit dans un an alors? »
« Un an? » demanda ma mère, un peu surprise visiblement. « D’habitude c’est tous les six mois. »
« Oui, mais si l’on prend en compte la stabilité de la vue de votre fille, je ne pense pas que ça soit nécessaire qu’on se revoit aussi souvent. » expliqua-t-il.
« Oh je vois. Si vous le dites, docteur… »
Nous fîmes une petite courbette en signe de remerciement, et partîmes de son bureau. Nous nous assîmes dans la salle d’attente quelques minutes avant que la femme derrière l’accueil nous appela pour nous donner la facture.
* * *
Une fois dehors, je me demandais si on allait retourner à la maison ou bien aller voir cet opticien.
« Maman? »
« Oui? »
« On va voir l’opticien aujourd’hui? »
« Non, Ayako-chan, on va retourner à la maison. Il est déjà bien tard. »
Je regardai ma montre. En effet, il était tard, et notre maison n’était pas exactement proche. Je sortis ma canne de bon sac et je la dépliai. Maman prit alors mon bras droit dans le sien tout en marchant vers la gare.
« Ayako-chan, tu peux la replier quand tu es avec moi, tu sais. »
« Ca va aller, je m’y habitue. » répondis-je, peut-être d’un ton un peu fatigué.
Une fois à la gare, j’attendis que ma mère vérifie où nous devions aller.
« Tu ne vois pas le plan des trains là-haut, n’est-ce pas? » me demanda-t-elle, en montrant du doigt le plan affiché au-dessus des distributeurs de tickets. Ils sont utiles pour savoir combien de yen vous allez devoir dépenser pour vous rendre à votre destination.
« Euh, non, c’est trop loin, maman. »
« D’accord. » et elle me donna quelques pièces sorties de son sac à main.
« Là, 130 yens. On va changer de ligne à Gotanda. »
« D’accord. »
Je pris les pièces dans ma main, et allai vers l’un des distributeurs pour prendre mon ticket. Heureusement pour moi, celui-ci avait une police de caractères grande et lisible sur son écran tactile. Je pris ma monnaie, mon ticket, et je me retournai. Ma mère était là, à m’attendre. Elle avait déjà pris son ticket elle aussi.
« Bien, allons-y. »
J’étais habituée aux différentes stations maintenant. Une fois à l’intérieur d’un wagon, une voix disait très clairement où le train était sensé aller, mais ce n’était pas très facile pour moi de savoir dans quel train aller déjà.
Bien sûr, je pourrais me perdre facilement là-dedans. J’espère que ça n’arrivera pas, car je peux déjà prédire les réactions de tout le monde. Karen et mes parents s’évanouiraient. Shizuka, d’un autre côté, essayerait probablement de m’embêter jour et nuit pendant une semaine entière à ce sujet.
Le train était plutôt bondé, mais il nous mena à la station de Gotanda, afin que l’on puisse changer de ligne et aller à Nakanobu, le quartier dans lequel nous vivions.
* * *
« C’est vrai? Ils viennent pour Noël? Ouais! »
Mon cri de joie pouvait certainement être entendu dans toute la maison. J’étais plutôt contente de savoir que mes cousins, mon oncle et ma tante viendraient pour le réveillon de Noël.
Nous étions assis autour de la table de la cuisine, en train de manger quand mon père fit cette annonce. Je les vois de temps en temps, mes cousins, et c’est la seule famille que l’on a ici à Tokyo. C’est une longue histoire, mais les autres membres de ma famille sont un peu éparpillés partout dans le pays, ce qui rend les réunions un peu difficiles.
« Ca fait un moment que tu as vu Aoi-chan, non? » me demanda mon père. Il semblait plutôt content lui aussi, en fait. C’est vrai que mon oncle et lui s’entendent plutôt bien.
Aoi était ma cousine. Elle était plus vieille que moi d’a peu près cinq mois. Quand on était petites, Shizuka, Aoi et moi jouions souvent ensemble. Cependant, les parents d’Aoi durent déménager vers un autre quartier de la ville, afin de se rapprocher
de la banque où mon oncle avait décroché un nouvel emploi.
« Veux-tu aller faire les magasins demain, pour trouver un cadeau de Noël à Aoi, Ayako-chan? » demanda ma mère. Je n’avais pas réellement pensé à un cadeau de Noël pour ma cousine, mais j’étais plutôt d’accord avec le principe. On n’avait pas fêté Noël depuis un moment, après tout.
« Quoi? Je ne peux pas y aller avec Shizuka plutôt? »
« Chérie, je crois qu’Ayako-chan veut y aller seule avec son amie. » suggéra mon père. Heureusement, il peut faire preuve de lucidité parfois.
« Oh, je vois. »
Ma mère sembla comprendre. On dirait qu’elle n’avait pas réalisé que j’étais assez grande pour aller faire mes courses toute seule avec mes amies.
Nous fûmes cependant interrompus par l’ouverture puis la fermeture de la porte d’entrée.
« Je suis de retour! » retentit une voix un peu fatiguée venant de l’entrée de la maison.
C’était Miyuki, qui revenait tard de son travail. Ou plus probablement d’une petite visite au bar avec ses collègues… Oh mais non, je n’invente rien du tout. Lui demander confirme bien souvent mes dires.
« Je n’ai pas très faim, ne faites pas attention à moi. » dit-elle, en passant près de nous.
« Oh, d’accord. » notre mère était prête à se lever de sa chaise pour lui préparer un petit quelque chose.
« Je prends un bain. » annonça-t-elle avant de monter les marches de l’escalier.
« Hé! Je voulais en prendre un aussi! » protestai-je. Je n’attendais que ça aujourd’hui, en plus…!
« Bah, tu en prendras un après moi. » Elle monta alors les escaliers rapidement, m’énervant encore plus.
« Allons, allons, Ayako-chan… » mon père essaya de me calmer.
Bien sûr, je pouvais toujours prendre un bain après elle, mais encore une fois, je déteste quand ça ne se passe pas comme je l’entends, et encore plus lorsque c’est à cause des caprices de ma soeur.
Tout de même, comment ne pas aimer un bon bain chaud et fumant? En ce qui me concerne, j’adore ça! C’est un très bon moment pour se relaxer, et ça me permet de penser un peu à moi tranquillement… entre autres choses.
Que voulez-vous? Je n’ai aucune excuse. Je suis une jeune fille en parfaite santé après tout!
* * *
Le réveil sonna, il était temps de se lever.
Contrairement à ma sœur et à ma mère, je suis plutôt facile à réveiller. On dit que j’ai le sommeil léger, tout comme mon père.
Bien sûr, pour bien se réveiller, rien ne vaut un bon coup d’eau sur le visage!
Une fois de retour de la salle de bain, j’attrapai mon uniforme pour l’enfiler, en l’ajustant un peu face au miroir de ma chambre.
Je ne me considérais pas laide du tout. Mes cheveux étaient longs et noirs, comme beaucoup de japonaises, et allaient jusqu’à mon dos. Je laissais souvent quelques mèches dépasser et retomber sur mes épaules. En fait, je ne me coiffais jamais différemment, je trouvais ça vraiment ennuyeux. Il faut dire que prendre soin de son apparence est difficile quand on ne voit pas très bien.
C’est pour cela que j’avais Shizuka et Karen! Shizuka adorait faire les magasins avec moi et me trouver de super vêtements à porter. Elle m’invitait parfois chez elle pour changer ma coiffure ou me maquiller pour la journée, ou tout simplement prendre soin de moi. C’était un peu comme de l’entraînement pour elle, il faut dire. Ca ne me déplaisait pas de jouer les cobayes… Je pense qu’elle avait une vraie passion, et c’était quelque chose que j’admirais. Karen aussi, se donnait toujours à fond quand il était question d’athlétisme à l’école. Je ne savais pas si elle voulait faire carrière ou pas, cependant. Elle ne nous en a jamais parlé jusqu’à maintenant.
Une fois mon uniforme bien mis, j’allai vers ma garde-robe afin d’attraper des bas à mettre pour aujourd’hui. Le temps n’est pas vraiment ensoleillé en hiver, vous comprenez. Je m’assurai par trois fois qu’ils étaient bien de la même couleur. Ce sont les seuls moments ou je maudissais réellement ma faible vue, surtout pour les couleurs.
Une fois prête, il était plus que temps de prendre un petit déjeuner.
« Bonjour, papa…! » dis-je joyeusement en l’enlaçant par derrière tandis qu’il finissait de préparer le petit déjeuner pour nous trois.
Oui, trois. Miyuki était là bien évidemment, et comme tous les matins, avait l’air d’être encore dans les bras de Morphée.
« Bonjour, Ayako-chan. » fit-il en apportant les œufs et le riz sur la table.
« ‘jour ‘yako… » C’était au tour de Miyuki de me saluer, d’une façon assez fainéante.
J’esquissai un sourire jusqu’aux oreilles. Il était temps de frapper pour une fois.
« BON-JOUR, MI-YU-KI-NEE! » dis-je bruyamment, tout près d’elle, en lui donnant une bonne grosse tape dans le dos pour voir si elle allait plonger tête première sur la table.
Inutile de dire qu’elle fronça les sourcils dans ma direction.
« Hé! »
« Ayako! Arrête de tourmenter ta sœur! » Papa haussa le ton, mais c’était prévisible. Cependant, le plaisir total d’abuser de la faiblesse de ma sœur de si bonne heure n’avait absolument pas de prix.
« Ce n’est que vengeance pour toutes ces années où elle n’a pas arrêté de m’embêter. » Je fis alors mine de bouder pour renforcer mon image de sainte. Je savais que j’avais tort de frapper en premier, mais c’était tellement tentant, je n’ai pas pu m’en empêcher.
Mon père lâcha un soupir, et nous commençâmes à prendre notre petit déjeuner comme d’habitude. Ma mère n’était pas encore levée. Elle n’était pas vraiment une personne du matin, et c’était mon père qui nous préparait chaque fois le petit déjeuner.
Une fois le petit déjeuner fini, il était temps d’aller à la salle de bain pour se brosser les dents.
« Où est ma brosse? » demandai-je depuis la salle de bain.
« Probablement là où tu l’as laissée la dernière fois? » Miyuki répondit depuis l’entrée. Je grognai alors un peu intérieurement.
Je jetai un œil de nouveau partout dans la salle de bain, mais plus complet cette fois. J’ai cette mauvaise habitude de ne pas replacer les choses où je les ai prises.
« Ah, la voilà. »
Il faut vraiment que j’en achète une autre. Comment suis-je supposée bien la voir si elle est presque de la même couleur que l’évier sur lequel elle était…?!
Je brossai alors mes dents rapidement avant de me dépêcher de descendre pour mettre mes chaussures. Mon sac m’attendait, j’étais prête à partir!
« Ittekimasu! » J’annonçai mon départ.
« Itterasshai! » répondit mon père depuis la cuisine.
Et une nouvelle journée qui commence!
* * *
J’étais habituée à agiter ma canne blanche maintenant, et même si ça me paraissait vraiment bizarre au début, ça m’a apporté un certain sentiment de sécurité auquel je ne m’attendais pas.
Shizuka m’attendait au croisement où l’on se rencontrait d’habitude pour aller à l’école ensemble. Vu que son école n’était plus la même que la mienne, on se séparait lorsque Karen arrivait.
« Alors, tu as quoi comme cours aujourd’hui? » me demanda-t-elle alors que nous faisions route.
« Ah, voyons… On a japonais, anglais, histoire, et sport cet après-midi. »
« Oh. Karen est-elle toujours aussi bonne en sport? »
« Ne m’en parle pas. On lui a demandé de rejoindre plein de clubs de sport, mais elle a préféré rester sur celui d’athlétisme encore un peu. Je ne pense pas qu’elle soit vraiment à fond dedans. Elle s’entraîne pour rester en forme, pas pour dépasser des records. »
« Il n’empêche qu’elle a du potentiel. Tu savais qu’elle n’a commencé la course qu’un peu après avoir été transférée dans notre école il y a quelques années? »
Je fus un peu surprise, j’avais toujours pensé que Karen était née avec des jambes pour courir.
« Ah bon? Je lui demanderai plus de détails alors. »
Shizuka hocha la tête.
« Ca serait possible d’aller à Jinbocho après les cours? J’aimerais bien acheter quelques mangas et livres… » demandai-je à Shizuka.
Je me sentais toujours un peu mal à l’aise quand je demandais à Shizuka ou Karen de m’accompagner faire des courses. J’avais toujours l’impression d’être celle qui les traînait partout et qui les empêchait de faire ce qu’elles voulaient si je n’étais pas là.
« Hmmm, J’aimerais bien mais j’ai promis à un type à l’école que je sortirais avec lui après la fin des cours. »
« Aah? Vraiment?! Tu ne m’en as pas parlé hier! » demandai-je, toute surprise. Shizuka, sortir avec un garçon? Ca m’a toujours intéressée.
« Hé bieeeen… Je ne me précipite pas, c’est tout. J’ai accepté son invitation par politesse, mais je ne l’aime pas trop pour le moment. Peut-être qu’il me fera changer d’opinion d’ici la fin de la journée, qui sait? » me fit-elle avec un grand sourire.
« Aaah. Je vois. J’aimerais être aussi populaire avec les garçons. » je haussai les épaules. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai jamais été trop approchée par les garçons auparavant. Je pense que ça devait avoir un rapport avec mon handicap, mais en même temps, ça voudrait dire que j’ai perdu toute foi en les hommes, non? Ils pourraient voir outre mon problème, non? Je pensais être une fille plutôt marrante et agréable, et je n’avais pas à être trop jalouse des autres filles. Oh, bien sûr il y avait Karen, mais il m’était impossible de la battre sur ce point, elle avait un corps parfait, point barre.
Mais non je ne suis pas jalouse!
« Bah, tu pourrais sûrement avoir du succès, si tu regardais les gens en face quand tu leur parles. Crois-moi, ça fait partie du processus de séduction, de regarder les gens dans les yeux. »
« Tu sais que je ne peux pas faire ça… »
Elle hocha la tête, et me sourit tendrement.
« Je sais Ayako-chan, je sais. »
Nous continuâmes à marcher, jusqu’à ce que Karen apparaisse devant nous. Elle nous attendait à notre point de rendez-vous habituel.
« Ah, Karen, tu auras le temps ce soir d’aider Ayako? Elle a besoin d’acheter des bouquins je crois… » demanda Shizuka, visiblement beaucoup plus concernée pour moi que je ne l’étais moi-même.
« Hein? Euh, bien sûr. Je pensais essayer de trouver un job à mi-temps après l’école, mais je peux bien retarder ça à demain. »
« Tu es sûre? » demandai-je. Honnêtement, je voulais vraiment y aller, mais je n’aimais vraiment pas qu’elle se sente obligée.
« Oui, ne t’inquiète pas Ayako! » dit-elle, essayant évidemment de ne pas me faire me sentir coupable.
Je n’aime vraiment pas demander de l’aide aux gens, mais quand je le fais, et lorsqu’ils acceptent, je m’arrange pour leur rendre service du mieux que je peux. Ils me donnent, je redonne.
* * *
« Et tu peux utiliser ton ordinateur pendant les examens aussi? Tu peux tricher avec, non? »
Ah, combien de fois ai-je entendu cette question? Bien sûr que je peux… pourrais, je veux dire, si je le voulais. Ouais, si je le voulais.
Bien sûr, tricher est bien plus dur quand tout ce qui est sur mon écran est très lisible pour ceux qui sont autour de moi, et c’était plutôt simple pour un professeur de m’approcher sans que je ne m’en rende compte. Mais c’était assez agréable de voir que certains s’imaginaient que je puisse être la maîtresse des manigances.
On était en pause, juste entre Anglais et Histoire.
Je parlais avec le garçon en face de moi en classe, Toga-kun, ou du moins, c’est comme ça que je pensais qu’il s’appelait. Il portait des lunettes, et avait ce petit côté intello, même s’il ne se comportait pas de la sorte. Je veux dire, il n’avait l’air ni timide ni maladroit. Et puis c’est lui qui est venu me parler. Ce genre de types ne viendrait jamais parler à une fille, pas vrai?
« Je ne triche pas, si c’est ce que tu veux savoir. Je ne vois pas pourquoi je le ferais. Et puis, ça serait vraiment évident si je trichais. Est-ce que j’ai des bonnes notes aussi? Non. »
J’admets que j’ai peut-être été un petit peu sur la défensive. Mais bon, qui aimerait être accusée de tricherie?
« Hé, calme-toi, Suzumiya, je me demandais juste, c’est tout. Je viens de Kyoto, et je n’ai jamais entendu parler de toi. Je veux dire, c’est assez peu commun… »
« Ouais je sais. » je l’interrompis. « Mais j’ai réellement vécu une scolarité normale pour le moment, et ça me va. »
« Ouais, c’est cool. » dit-il, avant d’être interrompu par la voix de Kimiko Ryukawa, notre déléguée de classe cette année.
« Debout! Saluez! Assis! » fit-elle avec sa voix douce mais déterminée. De ce que j’ai vu d’elle, surtout lors du déjeuner, elle avait une chevelure rousse et ondulée, et portait toujours de fines lunettes rondes. Elle était assez mignonne je dois dire, et plutôt intelligente. J’ai cru entendre qu’elle avait un petit ami, mais honnêtement ce n’était pas mon genre de me pencher dans les histoires d’amour des autres couples. En gros, je m’en fichais.
* * *
Les élèves des autres classes commençaient doucement à s’habituer à moi. Soit ils faisaient de la place pour que je passe, ou alors ils m’aidaient, comme quand j’étais au collège. Cependant, rien ne m’avait préparée à avoir un garçon s’asseoir à côté de moi pendant la pause déjeuner.
« Je peux m’asseoir ici? »
Je levai les yeux pour voir un type qui semblait me parler. Il n’avait pas l’air trop mal de ce que je pouvais voir. Il semblait musclé et fort. Sa personnalité cependant était encore à juger.
Avant que je ne puisse répondre, il plaça son plateau près du mien sur la table. Karen était de l’autre côté, et fronça les sourcils lorsque je la regardai.
« Hé, je ne me souviens pas avoir dit que tu pouvais t’asseoir avec nous. » Karen fit entre les nouilles qu’elle mangeait. Son ton n’était-il pas un peu… sec? »
« Suzumiya… c’est ça? Je suis Ogata Shô en classe 1-A, juste à côté de la tienne. » il se présenta, avec une voix plutôt charmante.
« Ah, euh, ben, ravie de te rencontrer, Ogata-kun. »
Karen tira sur la manche de mon uniforme.
« Ayako, ne reste pas près de lui. » Elle essayait de me prévenir de quelque chose. En tous cas, assez fortement pour qu’il l’entende aussi.
« Héé? Mais il est juste assis là avec nous! » répondis-je, en le regardant d’un peu plus près. Maintenant qu’il était assis, il était plus simple pour moi de remarquer quelques détails, comme ses courts cheveux roux. Il avait aussi un sourire plutôt chaleureux et un regard sérieux et concentré.
« Sakazaki, tu n’as pas à être toute froide comme ça avec moi. »
Je continuai à le regarder, comme si curieuse du pourquoi il avait décidé de s’asseoir à côté de moi, et pourquoi Karen semblait aussi soupçonneuse de lui.
« Tu le connais, Karen? » demandai-je alors, curieuse.
Avant que Karen ne puisse me répondre, Ogata commença à parler.
« Hé bien, j’ai demandé à Sakazaki si elle voulait bien sortir avec moi et elle a accepté… »
« …par pitié. » Karen le corrigea immédiatement.
« Et puis on est sortis ensemble… »
« …juste une journée. »
« Mais il s’est avéré qu’on n’était pas vraiment faits l’un pour l’autre. »
« LA je suis d’accord. »
J’avais un peu l’impression de ne plus appartenir à cette conversation et je continuai donc a déguster mon déjeuner silencieusement en les écoutant se chamailler. C’était assez amusant tout de même, que Karen ne m’en ait jamais parlé, à moi ou Shizuka. Quand est-ce arrivé? Pourquoi elle ne m’a rien dit? Peut-être que ça l’embarrassait trop? Il va falloir que je lui en parle… Je savais que Karen avait plutôt la côte avec les garçons, mais au point de sortir avec un…
« Bref, ça te dirait de sortir avec moi samedi, Suzumiya? »
Lorsque j’eus entendu des baguettes tomber sur la table, j’ai d’abord cru que c’était les miennes, avant de réaliser que je mangeais avec une fourchette et un couteau. Cependant, je n’étais pas la seule à être choquée on dirait bien.
« JE NE LE PERMETTRAI PAS! »
Les mots de Karen m’avaient vraiment fait sursauter, et plein de gens devaient nous regarder maintenant. Ca n’a pas duré longtemps cependant, puisque j’entendis les gens reprendre leurs bavardages peu après.
« Hé, calme-toi Sakazaki, pourquoi ça t’embête comme ça? » demanda Ogata entre deux bouchées de viande. Je continuais à manger ma viande aussi, en regardant bien mon assiette en face, sans un mot.
« Je ne laisserai tout simplement pas Ayako sortir avec un… un tombeur comme toi! »
Ah, c’était donc ça. Je souris quelque peu, tout en laissant ces deux-là continuer leur querelle.
« Tu es sa mère ou quoi, Sakazaki? C’est à Suzumiya que je parle là. »
« Ayako, dis quelque chose! »
Ah, le moment tant attendu où je devais enfin dire quelque chose. Je n’attendais que ça.
« J’y réfléchirai. »
Cela fit taire Karen instantanément, et Ogata sembla plutôt surpris. Aucune réaction en cinq secondes? But atteint.
Je n’y pensais pas vraiment, en fait. J’étais plutôt en train de repousser le problème pour y repenser plus tard, comme je fais d’habitude. Je voulais juste apprécier mon repas pour le moment. Je ne pensais pas du tout à Ogata, non non, ni même au fait que ça puisse être mon premier rendez-vous. Ah, un rendez-vous…
« Ayako, tu ne vas pas arriver à couper ça avec ton couteau à l’envers. » nota Karen.
« Oops. Je n’avais pas vu. » répondis-je doucement, en remarquant qu’en effet, j’essayais depuis tout à l’heure de couper ma viande avec le mauvais côté du couteau. Mais non l’idée d’un rendez-vous ne m’a pas distraite, allons!
Je me concentrais sur ma nourriture pour le moment, ne voulant regarder ni l’un ni l’autre, de peur de me ranger d’un côté comme de l’autre.
« Tu n’es pas à l’aise avec un couteau et une fourchette Suzumiya? Je peux te montrer si tu veux. »
Je rougis un peu. J’espère que personne ne remarqua.
« Haha, non non, j’étais juste un peu distraite. » dis-je en guise d’excuse.
« Tu pensais à moi hein? » j’entendis Ogata dire sur ma gauche.
Je souris un peu, à la fois embarrassée et aussi parce que je pensais que sa remarque était prévisible, mais amusante.
« J’aurai tout le temps de penser à toi quand je serai en train de me prélasser chez moi. » répondis-je avec un large sourire.
« A-Ayako! » Je pouvais entendre l’embarras et le choc de Karen dans sa voix, alors que je regardais Ogata. Les mots que j’avais utilisés étaient intentionnellement placés ensemble dans une belle phrase afin de faire croire que j’étais le genre de fille ‘facile’. Le but était de choquer Karen, tout simplement parce que j’adorais l’embêter tout comme Shizuka adorait m’embêter. J’admets que je voulais aussi voir comment Ogata réagirait.
Les deux restèrent silencieux, cependant, et je pouvais enfin finir mon repas sans trop de dérangement. Franchement, c’est trop demander de pouvoir déjeuner en paix?
* * *
L’après-midi, comme je l’avais expliqué à Shizuka plus tôt, c’était Education Physique. Ce n’était définitivement pas ma tasse de thé. Je ne pouvais pas faire de sport avec des balles, petites ou grandes, ou tout ce qui impliquait des objets en déplacement constant. Les sports de combats étaient aussi hors de question: Mes docteurs ont toujours été formels là dessus. Un choc mal placé à ma tête, et je pouvais perdre totalement la vue.
« Ayako, réfléchis, tu ne peux pas sortir avec un type pareil. »
Karen essayait toujours de me dissuader de sortir avec Ogata, alors que l’on était en train de se changer pour le cours d’éducation physique. Comme dans beaucoup d’écoles, ils étaient composés de bloomers moulants et d’un haut blanc. Certaines filles étaient vraiment contre ce genre d’accoutrement, et ont pétitionné pour que les bloomers soient remplacés par des shorts, une motion qui a été rejetée d’emblée. Ne me demandez pas pourquoi ni comment, la politique à l’école, ce n’est pas mon truc.
« Bah, je comprends bien qu’il essaye juste de me séduire et qu’il ne prend pas ça au sérieux. Mais où est le mal? je veux dire, on est tous les deux en âge de sortir ensemble, non? »
Mon raisonnement fit réfléchir Karen à deux fois avant qu’elle dise quelque chose, on dirait.
« Tu as raison, mais… Je le connais, il va essayer de t’amener quelque part, ou d’abuser de toi quand tu t’y attendras le moins! »
« Tu sais, je suis assez grande pour me défendre, je crois. Et puis, je suis sûre qu’on aurait entendu parler de lui s’il était aussi dangereux. »
Nous avions fini de nous changer et on commençait à se diriger dehors avec les autres filles de notre classe, tout en continuant notre conversation.
« Ne le sous-estime pas, c’est un ennemi des femmes. »
« Ah bon? »
« Vraiment. » elle hocha la tête.
« Et si je lui laissais une chance le temps d’une journée, comme tu as fait? » suggèrai-je, voulant aussi en savoir un peu plus sur comment ils s’étaient connus.
« Ou bien, » insinuai-je, « est-il vraiment aussi dangereux pour le cœur d’une fille que tu le laisses entendre? »
Cela fit rougir Karen, comme je m’en doutais.
« C’était il y a à peu près un an, avant que l’on ait nos diplômes. Il m’a demandé si je voulais sortir avec lui, j’étais innocente, j’ai accepté. On est sortis. C’était pas si mal, en fait, si on oublie le fait que j’aie pu regarder le répertoire de son téléphone portable, et il était rempli de noms de filles, qui bien sûr l’appelaient tous les jours! »
J’étais stupéfaite.
« Karen, tu espionnes sa vie privée là! »
« Et alors? Il sortait avait plein de filles à la fois, ou il restait au moins en contact avec elles. Si je veux un petit copain, je veux qu’il me soit totalement dédié! »
Karen est donc du genre possessive. Intéressant.
« Si j’ai bien compris, ça t’énerve qu’il décide de sortir avec moi, c’est ça? » je décidai de l’embêter un peu, et ça la fit rougir, hé hé.
« A-Ayako, ce n’est pas du tout ça! »
« Ben voyons… »
Karen me donna un petit coup de coude. Le professeur s’approchait de la classe qui s’était rassemblée sur le terrain. Il commença par faire l’appel des élèves.
« Bien, on va commencer avec quinze minutes d’endurance. Je vous veux en train de courir MAINTENANT! Suzumiya, tu vas courir avec… hmmm… »
Il regarda sa liste. Courir était la seule chose dont j’étais capable en sport, et c’est tout ce que les professeurs de sports attendaient de moi. C’est surtout pour ça que ça ne me plaisait pas.
« …Asugawa! »
Une fille répondit à son appel.
« Oui? »
« Tu seras avec Suzumiya durant l’échauffement. »
« Très bien, sensei. » dit-elle, en s’approchant de moi peu après. Ses cheveux étaient un peu teints, et tombaient jusqu’au bas de son dos, ce qui était une caractéristique facilement identifiable pour moi. Je ne pouvais pas trop dire de quelle couleur était ces cheveux, cependant.
« Bien, allons-y. » me dit-elle en me faisant signe de la suivre, et nous étions bientôt en train de courir à peu près la même vitesse que le reste de la classe. A chaque cours de sport, le professeur désignait l’un de mes camarades de classes pour rester avec moi, et s’assurer que je ne m’éloignais pas trop de ma trajectoire initiale, ou que je n’allais pas droit vers un obstacle. En général, quiconque était assigné à ma protection était plutôt gentil avec moi, et j’aimais assez l’attention personnalisée que je recevais, mais en même temps, j’étais un peu mal à l’aise, comme si j’étais une sorte de boulet passé entre les autres élèves.
C’était difficile de parler pendant ces courses, et je restais muette la plupart du temps, en m’assurant que j’allais bien dans la bonne direction. J’avais déjà du mal à bien voir dehors, mais voir ce qui était en face de moi tout en courant était encore plus difficile.
Oh et puis, c’était juste un peu de temps à tuer, perdu même, à courir et faire de l’exercice physique pendant que tous les autres faisaient du sport. J’espérais qu’un jour le professeur comprenne combien c’est inutile pour moi de participer à ces cours et m’en dispenser. Hélas, ni les professeurs et ni le monde entier n’étaient très enclins à écouter mes demandes.
* * *
A la fin des cours, Karen s’excusa auprès des membres de son club, en disant qu’elle devait m’accompagner en ville aujourd’hui. Les gens du club d’athlétisme étaient assez gentils, et me connaissaient un peu puisque j’étais souvent avec Karen quand elle participait au club. Je suppose que je devais être considérée comme membre là-bas, même si je ne faisais rien du tout de spécial, à part regarder Karen courir et s’entraîner de temps en temps.
Ma cible aujourd’hui est Jinbocho, le quartier du livre. Le voyage en train était encore plus paisible que d’habitude. Il était amusant de voir que j’arrivais à avoir plus de places assises que d’habitude maintenant que j’avais une canne blanche avec moi. Je veux dire, ce n’est pas comme si tout le monde était soudainement devenu gentil avec moi, mais je remarquais que certains d’entre eux se préoccupaient un peu de mon bien être.
Une fois en dehors de la gare, nous marchâmes vers l’un des nombreux libraires qui vendaient des mangas et romans.
« Voyons voir… »
Je parcourus les différentes étagères, en cherchant certaines séries bien spécifiques que je suivais, en regardant les différents tons et couleurs de chaque livre pour retrouver ceux qui m’intéressaient.
« Dis-moi si tu cherches quelque chose que tu ne trouves pas, hein? » me demanda Karen, près de moi, alors que je me penchais pour regarder la couverture d’un manga que je n’avais jamais vu auparavant. Probablement une nouvelle série, ou peut-être un remake d’une série que je connaissais. Je déteste quand ils font ça!
« Pas de problème… » dis-je paresseusement tout en examinant la couverture de près. « Si tu vois un nouveau volume du roman ‘Le Familier de Zéro’, il devrait y en avoir un nouveau depuis le temps. »
« D’accord, je vais chercher. »
Je décidai d’essayer cette nouvelle série nommée ‘Bloody Bride’. Contrairement à ce que le titre laissait penser, ça ne semblait pas être un manga d’horreur, mais plutôt un genre de comédie romantique. Sur la couverture, il y avait un vampire plutôt mignon qui tenait une mariée dans ses bras. Le lettrage utilisé pour le titre semblait indiquer qu’il n’était pas aussi sanglant que ça.
« Tiens, Ayako. »
Avant que je ne m’en rende compte, Karen était déjà revenue avec le livre que je lui avais demandée de trouver.
« On dirait qu’il y avait un nouveau volume, en effet. Je vais le prendre. » répondis-je « Merci, Karen. »
« Hé, pas de soucis. » dit-elle avec son sourire habituel.
Ensemble, nous cherchâmes un autre roman que je voulais, et nous nous dirigeâmes vers le vendeur pour payer. J’avais juste ce qu’il fallait en monnaie pour les trois livres.
Une fois dehors, nous prîmes le chemin de la gare, pour retourner chez nous. Comme d’habitude, Karen tenait doucement mon bras pendant que nous marchions.
« Hmm, tu sais Karen, tu n’es pas obligée de me tenir le bras depuis que j’ai ma canne. » fis-je avec un sourire, ne voulant surtout pas la brusquer.
« Ca te rend mal à l’aise? » me demanda-t-elle.
« Hé bien, non… pas vraiment. Je disais juste ça pour toi. »
Elle me sourit.
« Ne t’en fais pas pour moi Ayako, ça ne me dérange pas. Et puis j’ai peur que tu me perdes de vue dans la foule si jamais je te lâchais. On est en plein centre ville ici, pas à Nakanobu. »
C’est vrai que Tokyo est une cité assez peuplée, comme beaucoup de capitales j’imagine. Même si c’est la ville dans laquelle je suis née et où j’ai vécu, j’étais parfois toujours étouffée par l’écrasante échelle de taille et l’afflux des gens, et être submergée par tout cela était encore moins agréable quand on ne voit pas assez pour se sortir de tout ça.
« D’accord, tant que ça te va. »
Certains pouvaient se sentir gênés par tant d’attention venant d’une simple amie, mais honnêtement, ça me faisait plutôt plaisir. Comme je l’ai déjà dit, l’un des avantages d’avoir un handicap, c’est que les gens sont bien souvent plus attentionnés envers vous.
Nous sommes rapidement arrivées à la gare, et j’entendis le téléphone portable de Karen sonner depuis la poche de sa jupe.
« Ah, attends. »
Elle lâcha mon bras pour prendre le téléphone.
« C’est Shizuka. »
Elle prit alors l’appel. Je la regardai patiemment.
« Shizuka? Hmmhmm… Oui, elle est à côté de moi. Oh, d’accord. Hé, tu n’étais pas supposée être à un rendez-vous? Ah. Haha, d’accord d’accord. Bah, il est un peu tard. »
Elles discutèrent encore quelques secondes, avant que Karen ne raccroche.
« Ton téléphone est injoignable ou éteint, Ayako. »
« Hein? »
Je pris le mien de ma jupe et l’examinai.
« Ah, la batterie est vide. »
« Je vois. Hé bien, son rendez-vous ne s’est pas super bien passé, elle s’est éclipsée et a voulu savoir si on avait quelque chose de prévu. »
« Ah, d’accord, et tu lui as dit qu’on retournait chez nous. »
« Exact, il est déjà tard, et on a un peu de devoirs à faire, n’est-ce pas? »
Je fis une petite grimace.
« Pas besoin de me rappeler qu’on a un test de maths demain, s’il te plaît. » cela la fit glousser quelque peu.
Il y avait plein de gens dans la gare, et il était difficile d’aller jusqu’aux distributeurs de tickets.
« Suis-moi de près, Ayako. » me dit Karen, tandis que nous faisions la queue.
Lorsque notre tour vint, nous allâmes chacune à un distributeur différent pour gagner du temps. Je regardai dans mon porte-monnaie pour prendre les derniers yens qu’il me restait aujourd’hui. Je plaçai mon doigt sur le ¥190 à l’écran, et je pris mon ticket. Maintenant, retour vers Karen, qui avait sûrement déjà pris son ticket elle aussi.
La silhouette de Karen était facile à repérer. Sa taille et les rubans qu’elle avait dans les cheveux la distinguaient du reste. La foule était dense et allait dans tous les sens, mais je réussis à la suivre jusqu’au train. Je suppose qu’elle a dû se rendre compte que je la suivais et qu’elle essayait de se frayer un chemin à travers les gens également.
« Excusez-moi, excusez-moi… » chuchotai-je doucement en essayant de me rapprocher d’elle une fois dans le train.
J’approchai Karen, et la regardai de haut en bas.
Deux fois.
Cette Karen portait un jean et un pull rouge sous un gros manteau… Ce n’était pas ma Karen du tout!
J’entendis alors le train se mettre en marche et annoncer sa destination.
« Merci d’être monté à bord de ce train. Ce train est sur la ligne Toei Shinjuku, et desservira les gares de Akebonobashi. Shinjuku Sanchome. Shinjuku. Le prochain arrêt est Akebonobashi. »
Ayako, surtout, ne panique pas s’il te plaît.
Bon, restons calme. Je vais d’abord sortir à la prochaine station, et j’appellerai Karen.
Attendez… La batterie de mon téléphone est à plat. Ah, mou!
Je regardai autour de moi et me sentis soudainement perdue. Je ne suis pas habituée à me retrouver toute seule au milieu de tant de gens. Instinctivement, je tins ma canne fermement, en essayant de définir un plan d’action.
Ce qui m’embêtait le plus, c’était Karen, qui devait sûrement devenir complètement folle à l’idée que je sois perdue dans la gare ou sur un autre train. Voyons, si j’étais elle, qu’est-ce que je ferais? Ah, je panique! Calme-toi, Ayako!
Bon, d’abord, je dois descendre de ce train à Akebonobashi. Puis, j’irai acheter un autre ticket pour retourner chez moi. Attendez! Je n’ai sûrement pas assez pour me racheter un autre ticket!
Non, ça ne sera pas un problème si je demande un échange de ticket. Mais pour revenir…
Reste calme, Ayako.
* * *
Je décidai de descendre à la station suivante, qui était beaucoup moins peuplée que Jinbocho tout à l’heure. Je validai mon ticket à la sortie, et j’allai vers un comptoir où un employé était présent.
« Excusez-moi… pourrai-je avoir mon ticket remboursé? »
Heureusement, quand on achète un ticket sans l’utiliser à fond, on peut demander à être remboursé de la différence. Je ne savais pas comment utiliser la machine pour faire cela, c’est pourquoi j’étais allée directement demander à quelqu’un.
Pour l’instant ça allait. Mon argent était là, maintenant il ne me restait plus qu’à trouver un moyen de rentrer chez moi et prévenir Karen le plus vite possible. Ca ne servait à rien de revenir à Jinbocho, Karen n’était déjà probablement plus là, non ?
J’étais dans une gare que je ne connaissais pas du tout, et il y avait beaucoup de sorties. J’essayai de trouver mon chemin jusqu’aux distributeurs de tickets. Mais une fois arrivée, comment faire pour lire le plan là-haut? Impossible! Ah, et Karen qui devait me chercher…
Je soupirai et décidai que le mieux était de demander à quelqu’un, tant pis pour ma fierté. Je regardai autour de moi, afin de trouver de l’aide. Une femme était assez proche de moi.
« Excusez-moi… » J’annonçai d’abord ma présence. « Je ne vois pas très bien. » je montrai alors ma canne blanche en guise de preuve, comme si ça prouvait quoi que ce soit « J’aimerais aller à Nakanobu. » demandai-je timidement.
La femme me regarda, puis leva la tête vers le plan. J’espère qu’elle n’avait pas remarqué que je rougissais. Je veux dire, je n’étais pas habituée à demander mon chemin, j’ai toujours eu l’impression de déranger.
Quand on a un handicap, on ne peut s’empêcher de se sentir en situation d’infériorité par rapport aux autres, et demander de l’aide à quelqu’un est toujours un geste embarrassant, voire humiliant, même si ce mot est très fort pour ce que je ressens.
« Hé bien, si tu vas à Jinbocho, tu pourrais prendre la ligne Toei Mita jusqu’à Mita. Nakanobu est sur la ligne Asakusa, n’est-ce pas? »
Je hochai la tête et réalisai alors comme j’étais bête. Bien évidemment tout ce que j’avais à faire était de retourner sur mes pas, à Jinbocho! Mais y aller par moi-même… Personne ne m’accompagnerait jusque là, ça ferait utiliser des tickets de train, et je n’avais de toutes façons pas assez pour en payer pour deux personnes. Mon problème finalement, ce n’est peut-être pas de demander son chemin, mais de suivre les indications!
* * *
J’avais demandé à la dame, quelqu’un que je ne connaissais absolument pas, de m’accompagner jusqu’au départ de la ligne. De là, j’attendis le train afin d’embarquer. J’étais vraiment peu confiante sur ce coup. Comment être sûre que la femme ne m’avait pas menti? Allais-je vraiment être dans le bon train et pas encore un autre? Je soupirai un grand coup et essayai d’attendre patiemment.
Karen était probablement morte d’inquiétude en ce moment. Elle avait sûrement dû appeler maman et Shizuka prise de panique. J’allais manquer mon feuilleton préféré à la télé aussi…
Cependant, le cheminement de mes pensées fut interrompu par une main sur mon épaule. Je bondis quelque peu en me retournant.
Un type était là, et son uniforme ressemblait à celui de mon école.
« Hé, Suzumiya, qu’est-ce que tu fais là? L’Ange Gardien Sakazaki n’est pas avec toi? » il plaisanta.
C’était Ogata. Qu’est-ce qu’il faisait ici? Si j’étais l’héroine d’un drama comédie romantique, ça aurait été tout sauf une coïncidence.
« O-Ogata, qu’est-ce que tu fais ici? » demandai-je, franchement surprise. Ma voix et mes pensées travaillant à la même vitesse.
« Je sors de mon boulot à mi-temps, et j’allais chez moi. Et toi Suzumiya? »
« Ah hum, hé bien, c’est un peu… » mes mains serrèrent la poignée de mon sac et de ma canne.
« Oui? »
Je pris une longue bouffée d’air. J’étais vraiment embarrassée, mais aussi soulagée d’avoir trouvé quelqu’un que je connaissais au moins un petit peu.
« Je me suis retrouvée séparée de Karen après avoir suivi quelqu’un d’autre et je m’apprêtais à retourner chez moi. » dis-je un peu honteuse.
Il devait sûrement se dire que j’étais décidément une idiote, au-delà d’un quelconque espoir de guérison.
« Toute seule? »
« Toute seule, oui. »
« C’est pas un peu dangereux? Je veux dire, tu ne vois rien, si? »
Je fronçai les sourcils, et voilà la même rengaine!
« J’apprécie ta préoccupation mais je peux voir un petit peu. »
« Oh? Et pourtant, tu t’es perdue, non? »
…Quel méchant! Idiot! Enfoncer le clou comme ça!
« Et, tu vas où exactement? » il me demanda. Le train n’était pas encore là, je pouvais aussi bien discuter un peu.
« Nakanobu. Ligne Asakusa. »
« Je vois. Il y a quelques correspondances si je ne me trompe. Je crois bien que je vais t’accompagner alors, tu en penses quoi? »
Hein? Quand a-t-il eu ce genre d’idées? Que diraient mes parents si je ramenais soudainement un garçon à la maison!?
« Je crois que c’est un moyen un peu naze de savoir où j’habite. » je souris quelque peu, en essayant de rester sur la défensive. Ca l’a fait rire.
« Oh, c’était juste une suggestion. Si Sakazaki apprend que je t’ai rencontrée ici et que je t’ai laissée toute seule, elle va sûrement me passer à tabac. »
Je clignai des yeux, incapable de retenir un petit gloussement. Comment dire? Il avait raison, je pouvais parfaitement imaginer Karen l’étriper pour ça.
« D’accord, d’accord, j’accepte que tu m’accompagne jusque chez moi, Ogata. » répondis-je, en haussant les épaules.
Le train arriva à cet instant, et nous entrâmes dans le wagon.
« Cela sera avec plaisir, Princesse Suzumiya. »
P-Princesse!?
« Ne m’appelle pas comme ça, c’est gênant! » grondai-je, en essayant de cacher mes joues rouges.
« D’accord, d’accord. » Je l’entendis lâcher un petit rire, et les portes se refermèrent devant nous.
* * *
J’avais essayé de le convaincre qu’une fois à Nakanobu j’étais tranquille, mais il insista pour me conduire jusque chez moi. Le soleil était déjà couché, et la seule source de lumière venait des lampadaires dans la rue.
« Au fait, pourquoi tu n’utilises pas de lunettes Suzumiya? » il demanda, engageant la conversation de nouveau avec moi.
« Les lunettes ne suffisent pas à rétablir ma vue. » dis-je avec un léger soupir. Combien de fois avais-je entendu cette question?
« Ah. Dommage, même si la beauté de tes yeux serait grandement réduite avec des lunettes. » me fit-il d’un ton mielleux. Je plissai des yeux en entendant ça.
« Bien sûûûûr. »
Au moins il n’est pas l’un de ces fétichistes des lunettes.
Alors que l’on continuait à marcher, quelqu’un nous approcha. Je ne pouvais pas bien voir dans l’obscurité, mais alors qu’elle passa sous la lumière d’un lampadaire, je reconnus tout de suite ce serre-tête.
« Shizuka-chan! »
« Ayako-chan! »
Si cela eut été un drama à la télé, nous aurions couru l’une vers l’autre pour s’enlacer tandis qu’on aurait pu entendre les violons dans le fond. J’aurais lâché ma canne par terre sans y penser… Mais rien de tout cela n’est arrivé, surtout parcequ’Ogata était là, et parce que je ne voulais pas me taper la honte encore plus avec lui.
« Où étais-tu? Tout le monde attend chez toi. Karen est totalement horrifiée à l’idée de ce qui pouvait t’arriver, je n’ai pas pu m’empêcher de l’embêter. » elle gloussa. Je pouvais parfaitement imaginer toutes les choses terribles qu’elle aurait pu suggérer à cette pauvre Karen…
Je remarquai alors qu’elle dirigeait son regard vers Ogata.
« Et tu es? » demanda-t-elle. « Ah, ne me dites rien! Ayako-chan, tu aurais pu me parler de ton petit ami avant quand même! »
Je rougis. Rouge profond.
« S-Shizuka-chan! »
Ogata laissa échapper un petit rire et répondit à ma place.
« Je suis Ogata Shô, je suis de son école. » dit-il, très simplement. J’ai pensé qu’il allait draguer Shizuka aussi. Ca ne l’aurait pas gênée, je parie.
« Ah hmmm, je suis Makihara Shizuka, enchantée de te rencontrer. » elle le salua en s’inclinant. « Et merci de t’occuper d’Ayako-chan. »
« C’était un plaisir. Ca vous dérange si je vous escorte toutes les deux jusqu’à la maison de Suzumiya? »
« Je ne pense pas, qu’est-ce que tu en penses, Ayako-chan? »
Qu’est-ce que j’aurais bien pu dire? Refuser aurait été bien impoli après ce qu’il a fait pour moi.
* * *
Lorsque nous arrivâmes chez moi peu après s’être rencontrés près de la gare, je vis la porte d’entrée s’ouvrir bien avant que je ne puisse faire un pas dans mon jardin. C’était Karen.
« Ayako-chan, j’étais si inquiète! Où étais… »
J’avais eu l’impression que le temps s’était soudainement arrêté pour elle à cet instant, vu comme elle s’est arrêtée net dans sa course vers moi. Elle avait sûrement du remarquer Ogata près de moi et Shizuka.
« Yo. » il fit tout simplement un signe de la main.
Elle allait probablement dire quelque chose, mais mes parents apparurent juste derrière elle, et s’approchèrent pour me prendre dans leur bras.
« Ayako! Où étais-tu? Tu imagines une seconde combien on était inquiets? » Probablement pas, non. Afin de couper court à toutes les questions et d’éviter des répétitions non nécessaires, je décidai d’expliquer tout.
« Bon, après avoir acheté mon ticket, j’ai suivi quelqu’un qui je pensais être Karen. C’est vrai! Elle avait la même coupe de cheveux et tout, mais ce n’était pas elle, et je me suis retrouvé sur la ligne Shinjuku, et de là j’ai décidé de retourner d’où je venais et j’ai trouvé Ogata, qui a décidé de m’accompagner jusque chez moi. » dis-je d’un seul coup, en reprenant bien ma respiration à la fin. « Est-ce qu’on peut faire comme si rien ne s’était passé? »
Personne n’a écouté ma dernière question, on dirait. Karen restait étrangement silencieuse et observait Ogata, comme si elle le surveillait afin qu’il ne fasse rien de mal.
« Et j’ai trouvé ces deux là s’embrassant langoureusement sous un lampadaire près de la station. » Shizuka ajouta.
« Geh! Shizuka-chan! » criai-je sur elle, incapable de retenir mon embarras. Elle rit en réponse.
« Je plaisantais, je plaisantais. »
Bien évidemment je n’étais pas la seule à rougir. Karen aussi on dirait. Ou bien était-ce de la colère? Impossible à dire. Mes parents rirent aussi.
« Nous pouvons peut-être t’inviter pour un thé? » demanda ma mère à Ogata.
« Oh, non merci, ma tâche accomplie, je vais partir. Je suis déjà bien en retard, et je ne voudrais pas m’imposer. » Bien, il a refusé poliment au moins.
Il fit un signe de la main avant de s’en aller, et nous rentrâmes à l’intérieur, où je pouvais enfin me reposer après une telle aventure. Je mentirais si je disais que je n’avais pas eu un peu peur quand même. Je ne suis vraiment pas habituée à être toute seule dans un endroit aussi grand que la ville et ses gares en forme de labyrinthes.
Un bon dîner m’attendait. Karen et Shizuka furent invitées également. Miyuki était probablement en train de boire un coup avec ses collègues, encore une fois, rendant le dîner plutôt calme. Il a quand même fallu que je m’explique de nouveau sur ce qu’il s’était passé aujourd’hui, et j’avais du mal à empêcher Karen de s’en vouloir.
« C’est décidé, demain je change de coupe de cheveux pour la rendre plus originale! Tu me remarqueras facilement, Ayako! »
J’eus un peu peur sur le coup. Je ne voulais pas imaginer le genre choses étranges qu’elle était capable de faire avec ses longs cheveux.
« Vraiment, tu n’es pas obligée Karen. J’aurais dû recharger mon téléphone aussi. »
« Hé, Karen, pourquoi on ne t’achèterait pas une laisse pour Ayako pour que tu évites de la perdre la prochaine fois? » Shizuka-chan!
« Shizuka, c’est méchant! » fit l’intéressée « Ayako n’est pas un animal de compagnie! »
« Oh allez, tu sais que je plaisante. »
Parfois je me demande…
* * *
A suivre.
Notes de l’auteur:
Hé bien, ce chapitre aura mis plus de temps que je ne m’imaginais à voir le jour. Surtout à cause de retards chez certains prélecteurs imputables aux vacances et autres tracasseries de la vie. Cependant comme je n’ai aucune deadline à tenir, je pouvais prendre mon temps, enfin si l’on peut dire.
On m’a fait la réflexion que j’introduisais beaucoup de personnages: cela est vrai, mais en même temps, certains d’entre eux ne sont pas faits pour durer, et disparaîtront de la vie d’Ayako à un moment ou un autre. On a tous des amis ou de la famille qu’on a connus et que l’on ne voit désormais plus, (mal)heureusement.
Je sens que certains vont voir la romance pointer le bout de son nez dans le prochain chapitre. Ils auront raison, le chapitre 3 est (oui, est, car il est déjà au stade d’écriture) sur le tout premier rendez-vous romantique d’Ayako. Et pour quelqu’un qui ne voit pas, c’est toute une aventure.
Mais j’en ai trop dit, n’hésitez pas à laisser vos commentaires :)
Axel Terizaki.